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27 Jan 2018 | Pression normative
 

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité de l’article d’Ivan Letessier paru dans Le Figaro de ce 27 janvier.

« Numéro deux du tabac en France avec 22% du marché, JTI repart en guerre contre le paquet neutre. « Marisol Touraine et les associations antitabac avaient présenté le paquet neutre comme une mesure miracle permettant un décrochage massif du marché, rappelle Yves Barbier, patron de Japan Tobacco International France (voir Lmdt des 17 mai et 28 janvier 2016). Or, un an après sa mise en œuvre, les chiffres sont éloquents : les volumes de vente aux buralistes sont stables. Il est clair que le paquet neutre ne marche pas. »

•• Lundi, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) publie le bilan des ventes de tabac en 2017. Celles de cigarettes n’ont reculé que de 1,48 %, avec une hausse de 1,3% au premier semestre. « Compte tenu des premiers résultats négatifs du paquet neutre, une évaluation officielle de son efficacité nous paraît indispensable, estime le dirigeant, qui réclame son abandon. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a récemment déclaré au Parlement s’être toujours opposée au paquet neutre. Cela souligne l’incohérence et la discontinuité de la politique gouvernementale de lutte contre le tabac. »

•• Même si tous les recours légaux contre le paquet neutre ont été rejetés, JTI a bon espoir que sa parole soit entendue, car cette mesure va au-delà de la directive européenne sur le tabac. « Le président de la République et le Premier ministre ont souligné que les surtranspositions de directives sont un mal français qui pénalise la vie des entreprises, note Yves Barbier. Le paquet neutre en est sans doute l’exemple le plus flagrant. Je note avec satisfaction l’amendement déposé jeudi par le gouvernement qui vise à remettre en cause les trop nombreuses surtranspositions qui existent en droit français. Je l’invite à commencer par le paquet neutre. »

•• Pourquoi lutter contre le paquet neutre, s’il n’a aucun effet ? « C’est une censure de nos marques, une expropriation de notre propriété intellectuelle et la seule façon de nous différencier, répond le dirigeant. Cela tue la concurrence, qui ne peut plus s’exprimer que par les prix. » Or les industriels ne peuvent modifier ces derniers comme ils l’entendent. Ils doivent attendre que les Douanes leur demandent une liste de prix. « La liberté des prix évoquée par le gouvernement est une semi-liberté, résume Yves Barbier. C’est un système archaïque. Nous aimerions pouvoir faire évoluer nos prix quand nous le souhaitons, comme c’est le cas partout ailleurs, en Europe. » Cette demande arrive alors que l’Autorité de la concurrence vient de mener des opérations chez les industriels du tabac, qu’elle soupçonne de s’être entendus sur les prix.

•• Les prix des cigarettes, qui ont déjà augmenté de 30 centimes en novembre, doivent monter encore d’un euro le 1er mars. Le gouvernement a très fortement augmenté les taxes, avec pour objectif de faire grimper le prix du paquet à 10 euros fin 2020. « Le gouvernement prend à nouveau une mesure extrême avec une hausse des taxes sans équivalent en Europe, regrette Yves Barbier. L’explosion de la contrebande et des achats transfrontaliers est inévitable, alors qu’ils représentent déjà un paquet sur quatre, aux dépens des objectifs de santé publique. »

•• Dans un contexte défavorable à la hausse des ventes de cigarettes dans les bureaux de tabac, JTI demande aussi un assouplissement des règles pour les cigarettes électroniques, dont il est leader chez les buralistes. « En France et au Royaume-Uni, les associations antitabac et une bonne partie de la communauté scientifique soutiennent le développement de la cigarette électronique et y voient une alternative possible au tabac, rappelle Yves Barbier. Nous attendons une clarification de la part des autorités françaises sur le sujet. »

•• JTI critique en fait 25 ans de lois antitabac. « Les politiques publiques de lutte contre le tabagisme menées ces dernières années ont plus brillé par leur errance que par leur cohérence, en se concentrant sur une politique du tout-répressif, sans succès, martèle Yves Barbier. La réglementation est beaucoup moins restrictive en Allemagne, alors que la prévalence tabagique (nombre de fumeurs dans la population) y est plus faible. Elle a chuté de 8 points pour atteindre 25% grâce aux politiques de prévention mises en œuvre, alors que la France, qui a accumulé les mesures répressives, est restée à 33%. »