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28 Sep 2019 | Institutions, L'essentiel
 

La mort de l’ancien Président de la République nous renvoie – au-delà du respect pour ses deux mandats de chef d’État – à une certaine image devenue désuète des acteurs politiques et à l’échec patent d’une politique anti-tabac aussi ambitieuse que déséquilibrée. 

•• L’image désuète est celle de l’homme public s’affichant ouvertement comme le grand fumeur qu’il a été, sans complexe, une bonne partie de sa vie. Comme l’attestent de nombreuses photos : en conférences de presse, lors de scènes de travail au bureau, sur les podiums de meetings, etc.

La période n’est pas si lointaine. De quoi mesurer à quel point le tabac et son usage ont désormais totalement disparu de la scène publique.

•• Autre désuétude : cette façon particulière de traiter certains sujets à la hussarde et à la légère.

« Ah ! mes chers buralistes sont là ! » s’était exclamé le président Chirac en accueillant, à l’Élysée, tous les membres du Conseil d’administration de la Confédération lors d’une cérémonie officielle de remerciements aux « acteurs de l’Euro », en janvier 2003. Avec force accolades, échanges d’anecdotes et tapes dans le dos.

Au même moment, était ouvert sur un bureau de l’Élysee le dossier du premier Plan Cancer où la simple idée de chercher à prévoir ses conséquences pour les « débitants de tabac » n’était même pas effleurée.

•• L’ échec patent correspond, donc, à ce premier Plan Cancer – inspiré non par le ministre de la Santé Mattei mais par le professeur Khayat, ami personnel du président – se traduisant par une brusque hausse des prix du tabac (près de 40 % entre octobre 2003 et début 2004), la production de chiffes spectaculaires concernant la baisse de consommation de tabac acheté en France … mais aussi par l’implantation progressive, certaine et durable d’un marché parallèle du tabac -bondissant d’un coup de 5 à 15 % -et contribuant, parmi autres facteurs, à la fermeture de 4 000 points de vente en cinq ans.

Ce manque d’anticipation, cet aveuglement devant les phénomènes des achats frontaliers et de la contrebande ont forcé le Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, à négocier et conclure en catastrophe, sous la pression des manifestations, le premier « Contrat d’avenir des buralistes » avec le président René Le Pape.

•• Ce premier plan Cancer prétendait amorcer une baisse durable de la consommation du tabac au prix d’une secousse sur les prix. La secousse s’est transformée en une baisse provisoire et illusoire du nombre des fumeurs – en 2009 on avait retrouvé le niveau de 2000 – et par une implantation durable du marché parallèle, qui reste une caractéristique majeure du marché français.

Cet échec rappelle qu’il faut plus – beaucoup plus – que l’outil des prix pour faire baisser durablement le tabagisme.