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28 Oct 2018 | Profession
 

C’est La République du Centre qui lance la série « Dossiers criminels » – en replongeant dans ses archives – et réveille ainsi le souvenir de l’assassinat de Lucien Morin, buraliste à Briare, le 26 novembre 1958.

Lucien Morin était un homme réservé mais estimé. D’une ponctualité horlogère, il ouvrait son magasin chaque matin à 8 heures et le fermait à 20h30. Précisément, ce 27 novembre, le facteur occupé à faire sa tournée a constaté qu’à 7 h 15, les grilles coulissantes du bureau de tabac étaient entrouvertes.

Du sang … il y en a partout. Sur la porte, comme sur les murs. On s’est manifestement acharné sur le commerçant de 65 ans, dont le crâne défoncé accuse l’empreinte d’une douzaine de coups de marteau.

•• L’appartement, situé au premier étage, a été fouillé de fond en comble et mis sens dessus dessous. L’agresseur cherchait probablement de l’argent. Il a, du reste, subtilisé quelques milliers de francs. Curieusement, il est passé à côté d’une somme de 200 000 francs dissimulée, pour moitié, dans une boîte de cigarettes et, pour l’autre, dans un tiroir qu’il n’a pas pris la peine de fracturer.

•• Les enquêteurs se perdent en conjectures, mais un témoignage retient bientôt leur attention. Celui-ci émane d’un commis charcutier de 43 ans.

La veille au soir, aux alentours de 20h30, il a aperçu un homme brun, d’une vingtaine d’années, entrer précipitamment dans le débit de tabac. Et le témoin est formel : l’inconnu portait un pull-over jacquard, orné de losanges gris, noirs et blancs.

Les enquêteurs aboutissent à l’identification d’un garçon de 21 ans. Il se nomme Daniel Rat et exerce la profession d’instituteur stagiaire à Champoulet, une commune distante de Briare de 17 kilomètres.

•• Il se trouve qu’au moment où l’on avait découvert le corps sans vie de Lucien Morin, Daniel Rat s’était  présenté à la  gendarmerie pour dénoncer le vol de son blouson de cuir. La veille aux alentours de 20 heures, il explique s’être rendu à Briare, avoir stationné son scooter devant le bureau de tabac de la victime et avoir ôté son blouson qu’il avait posé sur son engin, pour aller fumer un peu plus loin. À son retour, le vêtement avait disparu.

Incrédule, la police judiciaire, à laquelle on a confié l’enquête, pense tenir le coupable. D’autant que Daniel Rat possède un pull identique à celui décrit par le charcutier. Mais le jeune homme est finalement mis hors de cause …

•• L’enquête repart de zéro. On évoque l’existence d’un deuxième homme, vêtu lui aussi d’un pull jacquard, mais cette piste-là ne mène nulle part.

Le 8 décembre 1958, Daniel Rat est de nouveau entendu. Et cette fois, il craque, entre dans la voie des aveux.

•• Pour quelles raisons le jeune instituteur s’est-il mué en assassin ? En garde à vue, Daniel Rat parle d’un trou dans la caisse des écoles, creusé au lendemain de l’organisation d’un voyage scolaire au Havre. Hanté par ce déficit d’une centaine de milliers de francs, qui l’empêchait de régler la facture de l’autocariste, il n’aurait trouvé d’autre solution que « d’attaquer quelqu’un pour se procurer de l’argent ».

•• À son procès, qui s’ouvre le 5 juillet 1960 devant la cour d’assises du Loiret, l’avocat général et le bâtonnier partagent un tout autre avis. Ce sont bien les dépenses inconsidérées de l’accusé, dont le salaire mensuel de 37 000 francs peinait à couvrir le train de vie, qui sont à l’origine de la sordide agression dont Lucien Morin fut victime.

•• Le délibéré est conforme aux réquisitions du ministère public. Daniel Rat échappe à la mort, mais les jurés le condamnent à la réclusion criminelle à perpétuité.