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24 Août 2018 | Pression normative
 

Spécialiste anti-tabac à l’École des hautes Études en Santé publique, Karine Gallopel-Morvan (voir Lmdt des 28 janvier 2017 et 20 mai 2016), n’a pas manqué de donner son avis, dans une interview accordée à La Dépêche du Midi (édition du 23 août), sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics ouverts, débat de cet été (voir Lmdt des 10 et 15 août 2018).

Curieux : elle ne revient pas sur ce qui a été, pour elle, un « dada » : le paquet neutre (voir Lmdt du 18 juin 2014). Bizarre.

Questions-réponses : 

 Interdire le tabac dans les lieux publics ouverts, est-ce une bonne mesure pour lutter contre le tabagisme ?

•• Tout à fait. On a assez de recul maintenant, notamment par rapport à ce qui fonctionne dans d’autres pays plus en avance que nous sur le pourcentage de fumeurs, pour savoir quelles sont les mesures qui ont un réel impact sur le tabagisme : l’augmentation franche et régulière du tabac et le fait de promouvoir de plus en plus d’endroits sans tabac. Parce qu’en fait, le tabac, c’est un problème de norme : plus il y a de gens qui fument n’importe où et n’importe quand, et plus le tabagisme va être perçu comme quelque chose de banal et pas dangereux.

De votre point de vue, les mesures qui ont été prises dernièrement vont-elles aider la France à rattraper son retard en la matière ?

•• C’est vrai qu’en France, (…) on a mis trop de temps avant de prendre les mesures qui s’imposaient. Il faut bien se dire que pour que le tabagisme recule de façon significative, on s’est rendu compte que c’était la somme des mesures qui était efficace. Donc si on continue de faire augmenter le prix du tabac, tout en interdisant la cigarette dans certains lieux publics ouverts, nous serons sur la bonne voie.

 À force de cumuler les interdictions, ne prend-t-on pas le risque de tomber dans un système liberticide ?

•• Ce n’est pas le but. On considère par ailleurs qu’il y a 10 % de ce qu’on appelle des « hard smokers » en France, c’est-à-dire des gens qui fumeront toujours malgré les interdictions. Le but est d’aider les autres, les 20 % qui restent, en leur proposant un environnement favorable. Le but est aussi de faire en sorte que les gens ne ressentent pas l’envie de commencer à fumer. On a encore beaucoup de marge avant d’en arriver là.