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11 Jan 2017 | Profession
 

Des feux de palettes qui barrent l’entrée du site Seita de Riom … à l’arrivée du paquet neutre (« ultime coup de grâce pour une industrie vieille de 350 ans »), le quotidien Le Monde en date du 11 janvier retrace les étapes de cette « lente agonie de l’industrie du tabac » en France, à sa manière (voir Lmdt du 15 décembre 2016).

« C’est une fermeture qui laissera comme un goût acre dans la gorge des accros au patrimoine … Le site du Puy-de-Dôme, qui « crache » neuf milliards de cigarettes par an, est le dernier, tous fabricants confondus, encore en activité en France continentale. Terminée, donc, la grande aventure industrielle lancée à Morlaix (Finistère) en 1674 avec l’établissement, par Colbert, du monopole sur le tabac. Définitivement éteintes, les grandes manufactures de tabac construites par le Second Empire. Oublié, le Service d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes créé en 1926 sous Raymond Poincaré. Finie, la Gauloise made in France ».

•• À l’entrée de l’usine de Riom (le 5 janvier dernier), autour des feux de palettes donc, un petit groupe est représentatif de ces salariés de Seita qui ont fait le tour de France au gré des fermetures d’usines. Comme Stéphane Allègre (secrétaire CGT du Comité d’entreprise) : « j’ai commencé à Tonneins, dans le Lot-et-Garonne, où on fabriquait des brunes. Quand ça a fermé, en 2008, j’ai eu le choix entre -Nantes et Riom. Ici aussi, on se disait bien qu’un jour ou l’autre ça finirait par arriver, mais pas aussi rapidement ».

•• Sollicitée par Le Monde, Dior De Cupper, la directrice générale de Seita, a renvoyé au communiqué de presse (voir Lmdt du 29 novembre 2016), ce dernier précisant qu’Imperial Tobacco a produit en 2016 « 64 milliards d’équivalents de cigarettes de moins qu’en 2012, soit une baisse de 19 % de sa production » et que les usines du groupe sur le Vieux Continent ne sont « exploitées qu’à 50 % de leur potentiel depuis 2013 ».

Une explication que le quotidien retourne à sa manière : « tout cela est vrai, mais ce constat ne présente que la moitié vide du paquet. Parce que l’on peut aussi le voir à moitié plein : Imperial Tobacco gagne de l’argent (voir Lmdt des 14 novembre) … Les documents financiers du groupe annoncent d’ailleurs clairement l’objectif : dégager du cash pour distribuer un maximum de dividendes. Dans cette optique, la maîtrise des coûts est une priorité ».

•• En moins de dix ans, Imperial Tobacco aura liquidé les quatre manufactures héritées de la Seita. Les manufactures de Metz et de Strasbourg ont fermé leurs portes en 2010, celle de Nantes-Carquefou en 2014. Avec la disparition annoncée de celle de Riom, c’est l’outil industriel d’une entreprise qui a compté une vingtaine de sites qui finit de disparaître.

« L’année 1976 a été une année charnière, explique au Monde l’historien Éric Godeau, auteur du livre Le Tabac en France de 1940 à nos jours (Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2008). Il y a eu un double séisme. La Seita a perdu son monopole et il y a eu la loi Veil, qui consacrait l’inversion des normes. Le tabac, jusque-là valorisé, était dorénavant perçu comme dangereux pour la santé ». La fin du monopole avait été précédée dans les années 1960 par le démantèlement des droits de douane qui protégeaient la Seita, construction européenne oblige.

•• Les impératifs de santé publique, couplés à l’ouverture internationale, tirent un trait sur une activité qui a profondément marqué la géographie et l’histoire du pays : « les manufactures imprégnaient vraiment les villes où elles étaient implantées », note Éric Godeau, « c’est une industrie qui avait une double spécificité. C’était d’abord une main-d’œuvre très féminine, comme on n’en trouve dans aucune autre industrie – jusqu’à 80 % des effectifs. Il y avait aussi une très forte syndicalisation des ouvrières. Ces deux facteurs réunis, c’est inédit en France ».

•• Toute une histoire dont il ne restera plus rien ? La CGT refuse de rendre les armes et a élaboré une proposition alternative : « l’État a une responsabilité en matière de santé publique. Nous proposons que le site de Fleury-les-Aubrais devienne un laboratoire indépendant pour le contrôle des produits du tabac. Nous demandons par ailleurs que l’État, comme il en a la possibilité, impose que les cigarettes vendues en France soient fabriquées en France pour que la qualité et les normes puissent être contrôlées ».

Mais, le secrétaire d’État chargé de l’industrie, Christophe Sirugue, n’a laissé aucun espoir, sauf à « rester vigilants » sur les conditions du plan social (voir Lmdt du 30 novembre 2016).