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16 Oct 2018 | International, Observatoire
 

Les boissons à base de cannabis remplaceront-elles bientôt la bière ou le Coca-Cola aux États-Unis ? Certains signes pourraient amener à le croire, alors que le Canada s’apprête, ce mercredi, à la légalisation du cannabis (voir Lmdt du 14 octobre) et que trois nouveaux états américains sont en passe d’autoriser son usage en novembre, en plus des neuf où il est déjà dépénalisé (voir Lmdt du 6 janvier). 

Anticipant cette ouverture, les groupes de spiritueux ou de sodas ont commencé à avancer leurs pions sur ce marché, selon une enquête des Échos : Coca-Cola (voir Lmdt du 20 septembre) ; Constellation Brand / Corona (voir Lmdt du 16 août), etc.

Pour ces grands groupes, l’objectif est, à la fois, de préparer la levée de l’interdit fédéral sur l’ensemble du territoire américain, de prendre pied sur un nouveau marché et de … prévenir les risques de cannibalisation du leur.

•• À en croire les multiples rapports produits ces dernières années, les perspectives du marché s’annoncent attrayantes. Selon le cabinet Euromonitor, les ventes légales aux États-Unis devraient tripler d’ici à 2020 (par rapport à 2015) :  à 16 milliards de dollars, soit deux fois plus qu’au Canada.

Et Constellation Brands estime que le marché mondial pourrait atteindre 200 milliards dans les 15 prochaines années. « C’est peut-être la plus grande opportunité de croissance de la prochaine décennie », a prédit son patron, Rob Sands.

•• « La recherche est encore divisée sur le sujet, mais il y a des éléments qui montrent que le cannabis va avoir un réel impact disruptif sur les ventes d’alcool », estime Euromonitor.

« La bière semble particulièrement exposée, car ce segment recoupe celui des utilisateurs de cannabis. En revanche, le vin serait moins fragilisé par l’ascension du cannabis ».

Dans les états américains ayant légalisé le cannabis, la consommation d’alcool tend, de fait, à décliner, note une analyse de Cowen , pour qui « la pression sur les ventes d’alcool va s’accroître à mesure que l’accès au cannabis s’étend ».

•• Moins directement menacés, les spécialistes des sodas cherchent aussi à contrer le déclin des boissons sucrées, en allant vers des boissons plus saines … dont le cannabis pourrait faire partie (le cannabidiol / CBD ayant des propriétés anti-inflammatoires et antidouleurs, selon eux). Les groupes de spiritueux parient davantage sur le THC – le composant du cannabis qui a des propriétés psychotropes – et qui peut entrer par exemple dans la composition de la boisson, notamment celle lancée par Heineken cet été.

•• Malgré les initiatives d’un certain nombre d’états, l’interdit fédéral exerce toujours pression. Début octobre, PepsiCo a dit ne pas avoir l’intention d’entrer sur ce marché à court terme, en partie du fait de l’environnement réglementaire, rappelle Les Échos. Chez LVMH, on indique n’avoir aucun intérêt pour ce marché.

Un article du site spécialisé Politico, paru mi-septembre, a eu aussi son petit effet douche froide : citant un responsable américain de la sécurité des frontières, il évoquait le risque, pour les personnes travaillant ou investissant dans l’industrie du cannabis, au Canada, de ne pas pouvoir entrer aux États-Unis.