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4 Oct 2018 | E-cigarette, International
 

En trois ans seulement, le fabricant de cigarettes électroniques Juul a avalé le marché américain du vapotage avec ses vaporettes en forme de clé USB (voir Lmdt du 18 juillet). Son succès représente, notamment, un dilemme de santé publique pour les autorités sanitaires, aux États-Unis et ailleurs, d’après l’AFP

L’agence de santé américaine, la FDA, dénonce une « épidémie de consommation régulière de nicotine chez les adolescents » (voir Lmdt des 16 et 14 septembre). Elle a confirmé que ses agents avaient effectué une inspection surprise, tout récemment, au siège de Juul à San Francisco, saisissant plus d’un millier de pages de documents sur ses pratiques de marketing.

•• La start-up n’était pas la première du marché, mais elle a vite détrôné les géants du tabac qui commercialisent des vaporettes d’une technologie différente.

Aux États-Unis, Juul est passée de 2 % de part de marché en 2016 à 29 % en décembre 2017, selon des chiffres publiés le 2 octobre dans la revue médicale JAMA … En septembre 2018, Juul aurait bondi à 72,9 %, selon des données Nielsen transmises à l’AFP par la start-up.

•• « Comme beaucoup de start-ups high tech de la Silicon Valley, notre croissance est due à un produit supérieur qui bouleverse une industrie archaïque, en l’occurrence, une industrie dont les produits sont la cause numéro une de morts évitables », dit Juul à l’AFP, en assurant que la société avait permis à plus d’un million d’Américains de passer de la cigarette à la vaporette.

Son patron, Kevin Burns (à droite), dit coopérer avec la FDA pour « empêcher Juul de tomber entre les mains des jeunes », et assure avoir livré plus de 50 000 pages de documents depuis avril dernier.

•• Juul s’est lancée au Royaume-Uni, au Canada et en Israël. Israël a interdit la vente des plus forts dosages en nicotine, mais les dosages plus faibles restent en vente (voir Lmdt du 28 août). D’autres pays en ont restreint la vente, dont l’Australie et le Japon.

•• Juul coûte environ 20 dollars pour l’appareil et 30 dollars pour quatre recharges, contenant chacune l’équivalent en nicotine d’un paquet de cigarettes.

Le nombre de collégiens et lycéens qui vapotent a augmenté aux États-Unis de 2011 à 2017, selon la dernière enquête nationale sur le tabac et les jeunes, mais le nombre de fumeurs a parallèlement baissé.

Depuis 2016, la FDA régule les e-cigarettes, interdites de vente aux mineurs. Elle multiplie les contrôles et envisage de sévir pour, notamment, interdire les parfums censés attirer les jeunes, reprend la dépêche de l’AFP.

•• Juul a arrêté ses campagnes de promotion sur Instagram, Facebook ou Twitter, et interdit la vente aux moins de 21 ans sur son site, où il faut fournir un numéro d’assurance sociale ou une image d’une pièce d’identité.

Elle reste néanmoins dans le viseur de Matthew Myers, président de l’organisation Campaign for Tobacco-Free Kids. « Quand ils ont retiré leur campagne des réseaux sociaux, Juul était déjà devenue le produit dominant dans les lycées », dit-il à l’AFP.

Il reconnaît que le produit est populaire seulement chez les jeunes aisés. Mais « dès que ces produits deviendront moins chers, le risque est que cela se transmette aux enfants moins aisés », s’inquiète-t-il. Son organisation souhaite par exemple interdire complètement les ventes en ligne, comme c’est de facto le cas pour les cigarettes.