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31 Déc 2017 | International, L'essentiel
 

Le 1er janvier, l’usage récréatif du cannabis sera légal en Californie, qui va devenir le plus gros marché mondial légal et un laboratoire géant à observer pour le reste de la planète (voir Lmdt du 11 novembre 2016).

Huit États américains dont le Colorado et l’État de Washington en plus de la capitale fédérale Washington ont déjà légalisé le cannabis (voir Lmdt des 14 octobre 2017 et 23 juin 2016), mais son usage récréatif désormais autorisé dans l’État le plus peuplé d’Amérique change la donne pour tout le secteur.

•• Le cabinet d’études spécialisé Arcview s’attend à ce que les ventes de cannabis atteignent 5,8 milliards de dollars d’ici 2021 dans le « Golden State », rapporte l’AFP.

Avec la pleine légalisation en Californie, Arcview anticipe une flambée des revenus du secteur aux États-Unis : de 6,7 milliards de dollars en 2016 à 22,6 milliards dès 2021.

•• Le grand État de l’Ouest américain avait déjà été pionnier de la marijuana à usage médical aux Etats-Unis, l’autorisant dès 1996. À Los Angeles, on trouve des dispensaires à tous les coins de rue ou presque et l’odeur âcre de la petite feuille étoilée flotte à travers la ville.

En cette après-midi de décembre, le dispensaire de Jerred Kiloh (président de United Cannabis Association) fait le plein, rapporte encore l’AFP. Un client sort en lui lançant : « j’adore ta boutique ». Des aficionados attendent leur tour pour montrer leur carte d’identité, lettre du docteur ou permis médical indiquant qu’ils ont besoin de la plante pour soigner douleurs ou angoisses.

D’ici quelques jours, ces papiers ne seront plus obligatoires car tout adulte de plus de 21 ans, comme pour l’alcool et le tabac, pourra venir choisir à sa guise des fleurs de cannabis ou des gâteaux, bonbons, ou crèmes pour le corps.

La loi californienne autorise une possession de 28,3 grammes de cannabis par personne, ou six plants maximum. On ne peut en consommer en public, au volant, et à moins de 300 mètres d’une école ou d’un établissement pour enfants.

•• Les enjeux financiers sont énormes : la Californie prélèvera 15 %, plus une taxe sur les ventes de 10 %, et la plupart des villes imposeront également une taxe municipale de 2 à 10 % 

•• Des villes comme San Francisco, San Diego et San José, pour ne pas perdre une minute, ont déjà émis les permis pour que les commerçants concernés puissent démarrer les ventes d’herbe récréative dès les premières heures de 2018.

Los Angeles, en revanche, est à la traîne et n’a pas encore attribué les licences : les premières demandes ne seront traitées qu’à partir du 3 janvier et il faudra encore plusieurs semaines pour que les autorisations soient effectives, au grand dam de commerçants comme Jerred Kiloh.

À ces lenteurs administratives s’ajoutent de nombreuses complications : comme le gouvernement fédéral n’a pas légalisé le cannabis – et l’administration Trump, ouvertement hostile, pourrait même revenir sur la position plus conciliante du gouvernement Obama – les commerçants ou cultivateurs sont toujours en proie à un casse-tête pour ouvrir des comptes bancaires ou pour gérer leurs liquidités.

•• Troy Dayton, patron d’Arcview, prévoit une ou deux années de « chaos » après l’entrée en jeu de la légalisation, entre les méandres des permis, des prix, de la traçabilité, de l’approvisionnement, etc.

Certaines études prévoient un bond de 70 % des prix à cause des taxes, tandis que la marijuana à usage médical devrait revenir moins cher tout en permettant d’acheter de plus grandes quantités, ce qui devrait créer des distorsions du marché.

Pour les exploitants, la nouvelle loi multiplie la paperasserie : chaque antenne de distribution, chaque plant, chaque produit doit être enregistré pour montrer qu’il est légal.

Mais la demande anticipée est phénoménale : Jerred Kiloh estime que pour y faire face il faudrait accorder « 10 000 permis immédiatement ».

•• Dans l’État voisin du Nevada, où la vente de marijuana récréative a démarré en juillet, les autorités ont assoupli le processus d’attribution des permis pour répondre à l’appétit féroce des consommateurs : les dispensaires étaient à court de marchandise, conclut l’AFP.