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26 Mar 2020 | Profession
 

Épisode 8 de notre revue de presse régionale (voir 181921, 22, 23, 24 et 25 mars). Plus d’une semaine de confinement/ Les buralistes, toujours très concentrés sur les règles de protection sanitaire, commencent à établir de premiers bilans. 

•• « Les bureaux de tabac gagnants, vraiment ? » s’interroge L’Alsace.

« Il y a effectivement un retour des fumeurs vers nous » constate Thierry Lefebvre (président des buralistes du Haut-Rhin, administrateur de la Confédération et buraliste à Colmar) :  « il n’est plus possible de s’approvisionner en Allemagne ou au Luxembourg. Certains se souviennent que nous existons. Je vends des cartouches, ce qui ne m’arrivait plus avant ».

En marge des cigarettes, les journaux et magazines connaissent une croissance des ventes : « on se retrouve avec des clients qui ressemblent à ceux de la période estivale. On vend les journaux, les mots croisés, on assure aussi un lien social. Je distribue gratuitement des attestations pour ceux qui n’ont pas d’imprimante. »

Côté tabac, certains commerçants ne souhaitent pas s’exposer. « Dans le Bas-Rhin, on peut considérer que 10 % des buralistes sont fermés » indique Patrice Soihier (président des buralistes du  Bas-Rhin) installé à Obernai. « Chaque commerçant a sa conscience par rapport au risque encouru. Il y en a beaucoup aussi qui aménagent leurs horaires. Après, il y a peut-être un petit rebond dans nos ventes mais à quel prix ? ». «

Dans le Haut-Rhin, ils sont près de 20 % sur les 180 points de vente à avoir baissé leur rideau, 20 % avec un fonctionnement normal, 60 % en horaires aménagés.

Cela peut donner lieu à de spectaculaires mouvements de clientèle. « Il faut espérer qu’il n’y aura pas de pénurie de tabac, ce qui n’est pas complètement à exclure » reprend Thierry Lefebvre, « on s’est mis en relation avec les services de police car les braquages ou les cambriolages peuvent     réapparaître ».

« Le Gouvernement a mis en avant le lien social préservé avec nos commerces alors que l’on n’a aucun contact avec les autorités locales », poursuit Patrice Soihier, « on aurait pu nous fournir des masques. On pilote à vue. »

•• À la tête d’un tabac-presse à Ardentes (à 15 kilomètres de Châteauroux, Indre), un buraliste regrette que les autorités ne livrent pas de protections : « On nous demande de rester ouvert pour le tabac, nous accueillons avec la presse au minimum 200 clients par jour, mais nous n’avons droit à absolument aucune protection : masques, gants, gel, etc. Nous sommes aussi en première ligne, c’est tout simplement inadmissible ».

Contraint de se débrouiller seul pour se procurer des équipements, il salue par contre le civisme en général de ses clients qui ont bien compris l’importance d’observer notamment les distances de sécurité (La Nouvelle République).

•• « On se protège comme on peut, on a du gel et des gants, mais cela reste à nos frais » estime un buraliste de Fresnay-en-Retz (à une vingtaine de kilomètres au sud du Pornic, Loire-Atlantique). L’établissement reste ouvert même si le nombre de clients du bar-tabac multi-services diminue : « on rend un service aux habitants, c’est la base. J’ai des clients qui me remercient d’être là ! Alors tant que je pourrai, je resterai ouvert », malgré l’absence de l’employée en chômage partiel.

« Bien sûr ne parlons pas du chiffre d’affaires » s’inquiète le buraliste. Les services restent les mêmes : point retrait argent, dépôt pressing, gaz, dépôt de pain le mardi. L’établissement propose aussi un peu de produits alimentaires. Seuls les horaires ont changé : 8h à 12h (Ouest-France).

•• « Je reçois l’appui du syndicat des buralistes qui me transmet régulièrement des informations et qui m’est d’un grand soutien moral » confie une buraliste de Vacqueyras (à 20 kilomètres d’Orange, Vaucluse).

« J’ajouterai que je fais en sorte de respecter les directives de sécurité, à savoir que les clients ne peuvent pas être plus d’un dans le magasin, car il est assez petit, et qu’ils doivent se tenir à un mètre l’un de l’autre pour attendre à l’extérieur » ajoute-t-elle en précisant qu’elle porte masque et gants. « J’ajouterai que je trouve la situation très préoccupante et que mes confrères et moi-même craignons pour notre avenir  » (Vaucluse Matin).

•• Sur la place Jean Jaurès, à Roques (à 15 kilomètres de Toulouse, Haute-Garonne), seul le tabac-presse reste ouvert. Dissimulant son sourire derrière un masque de protection, le buraliste accueille ses clients avec quelques mots gentils … une conversation très courte, compte tenu des circonstances.

« Les clients sont très respectueux des règles préconisées et ne s’introduisent dans le bureau de tabac un par un, parfois masqués, ne s’attardant pas. J’enregistre 60 % du chiffre d’affaires en moins, le taux de fréquentation est divisé par trois. L’avenir de l’entreprise est incertain. Je constate une pénurie du tabac. J’ai arrêté la vente des jeux pour éviter que les clients stagnent dans la boutique. J’ai également retiré les bonbons au détail de la vente, pour préserver les enfants.

« Les gens sont très disciplinés. Cette situation est très inquiétante mais je reste à la disposition de mes clients ; donner l’info par le journal, c’est important. Nous restons un des rares liens avec les consommateurs » (La Dépêche du Midi).

•• Une semaine après le début du confinement, le bilan de l’activité d’un bar-tabac à Châteaubriand (à l’extrême nord de la Loire-Atlantique) est compliqué  : « la Française des jeux, c’est quasi-zéro ; au niveau des ventes du tabac (- 40 %) et de cigarettes électroniques (- 50 %), on est très en dessous des volumes habituels. Mes confrères observent la même chose que moi : on ne sait pas comment les gens font, par ailleurs, pour se ravitailler en tabac. C’est incompréhensible ».

Seule petite « bonne » nouvelle : situé en plein cœur de la ville et connu de tous, le patron vend une cinquantaine de cafés à emporter par jour contre dix en temps normal. Hormis une grosse journée dimanche 22 mars, le flux des clients n’est « pas régulier » et pas plus élevé « quand les rideaux des autres buralistes de la ville sont baissés l’après-midi. C’est étonnant même si à Châteaubriant les gens ont pris peur et ne sortent plus » (Ouest-France).