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8 Avr 2020 | Profession
 

Épisode 21 de notre revue de presse des témoignages des buralistes sur le pont (voir 6 et 7 avril). Et c’est toujours compliqué. 

•• Pour ce couple de buralistes de Lens (Pas-de-Calais), travailler confine à l’angoisse, ceci, malgré le maximum de précautions.

« On se fait insulter quand on demande aux gens de respecter les consignes et de ne pas être plus de trois en même temps dans la boutique. Jeudi dernier, je me suis même pris une droite car je refusais de prendre des montagnes de pièces de 1 à 2 centimes, ce qui est pour nous une aberration sur le plan sanitaire … ».

Devant l’impossibilité d’aller se ravitailler en Belgique, les fumeurs se retrouvent en masse ici. Samedi dernier, l’afflux de clients était tel, avec des gens venus bien au-delà de Lens, que le mari a dû s’improviser vigile : « ça n’est pas mon boulot ! On ouvre maintenant avec une boule au ventre. » Bref, si la situation reste aussi tendue, le tabac fermera ses portes. D’autant que le ravitaillement est en train de devenir un vrai casse-tête dans la région (La Voix du Nord)

•• Situation inédite dans ce bar-tabac-presse à cheval sur Ciboure et Urrugne (près de Saint-Jean-de-Luz, Pyrénées-Atlantiques) : quasiment plus un paquet de cigarettes sur le linéaire. « Voir ce rayon aussi vide, c’est assez incroyable, la première fois que ça arrive depuis cinq ans que je travaille ici » s’étonne l’employée.

« Au niveau des cigarettes, on voit clairement la différence. Depuis que les frontières avec l’Espagne sont fermées, les fumeurs reviennent. On vend trois fois plus de tabac que d’habitude ; un truc de fou ! » explique-t-elle. Tous ne connaissent pas pareille affluence, loin de là : à Saint-Jean-de-Luz, certains évoquent même une baisse d’activité par rapport à mars et avril 2019.

Le confinement a moins d’effet sur la vente de la presse, à part la régionale. « Ah, ça continue à jouer, c’est clair. Un peu moins, mais ça joue quand même » ajoute notre buraliste  (Sud-Ouest).

•• « On n’a pas à se plaindre par rapport à d’autres commerçants ou les restaurateurs qui sont à l’arrêt total, et aussi aux clients qui sont confinés.

« Nous, on peut continuer à travailler, et même si l’activité est restreinte, on ne s’ennuie pas ! » observe le patron d’un bar-tabac-restaurant à Nouzilly (à une vingtaine de kilomètres de Tours, Indre-et-Loire). « Ça permet de faire perdurer le lien avec la population locale, et on va continuer à faire la cuisine pour faire plaisir aux gens … On était là avant la crise, on est là pendant, et on espère bien être là après ! ».

Il prépare des cafés à emporter pour les ouvriers, ainsi que des plats à emporter pour le déjeuner et le soir. Les commandes sont passées le plus souvent le matin par téléphone et par l’intermédiaire des réseaux sociaux. « Le plat du jour est systématiquement affiché à l’extérieur, et les gens privilégient les plats qui ne requièrent pas de post-préparation. Pour demain, c’est parmentier de canard, et j’ai déjà 40 plats réservés avant l’affichage », poursuit-il.

Le tabac et les timbres sont toujours disponibles et en stock (La Nouvelle République).

•• « Je constate une hausse des ventes de cigarettes de l’ordre de 30 % » confie un buraliste à Grandvillars (à 20 kilomètres de Montbéliard, Territoire de Belfort). « Depuis la fermeture des frontières avec la Suisse, je revois des clients que je ne voyais plus depuis les augmentations du prix des paquets de cigarettes ». Sans compter qu’un confrère est fermé depuis quelque temps, et un autre n’ouvre que le matin.

Avant le confinement, ce buraliste n’a pas pu anticiper cette hausse des ventes. Résultat : il a été rapidement en rupture de stock et été contraint de fermer durant deux jours la semaine dernière. Cette fois-ci, il a adapté sa nouvelle commande, mais craint que ce ne soit pas suffisant. Les clients ne cessent d’augmenter et ont changé leurs habitudes : « ils prennent en plus grande quantité, pour venir moins souvent ».

Si les ventes de tabac ont augmenté, ce n’est pas le cas de la presse. Notamment la presse magazine qui a largement chuté, ainsi que les jeux de tirage et grattage. « Travailler dans ces conditions, ce n’est pas plaisant. On a dû installer un film plastique devant la caisse pour nous protéger. Et il faut faire la police toute la journée, pour que les clients respectent les distances préconisées. C’est stressant » (L’Est Républicain).

•• « J’ai fait en trois semaines mon chiffre d’affaires de six mois » se réjouit un buraliste de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Pour le Languedoc-Roussillon, sur les deux dernières semaines, la hausse est de 25 % et même 30 % en moyenne dans les Pyrénées-Orientales selon Hervé Natali (Seita / voir 5 avril). Certains font + 60 % ou + 70 %, mais surtout dans les petits villages.

Cependant, l’augmentation des ventes ne sauve pas pour autant ces commerces. « Oui, on voit des nouveaux clients et des anciens dont on pensait qu’ils avaient déménagé » ironise Frédéric Martin, buraliste à Narbonne-plage (Aude). « Mais attention, nous sommes beaucoup de buralistes avec une forte saisonnalité, on n’aura pas les vacanciers et mon chiffre reste en baisse ».

Gérard Vidal (président de la Fédération des buralistes d’ Occitanie et vice-président de la Confédération)  confirme :  « ça ne va pas durer et la situation est complexe, à Toulouse comme à Montpellier, les centres sont désertés, certains sont proches de fermer ».

• Un buraliste du centre-ville de Montpellier (Hérault) reconfirme : « je revois des gens du quartier, je suppose qu’ils s’approvisionnaient ailleurs … Les habitués font des stocks et ils fument plus, tous me le disent. Mais ça ne compense pas la perte globale de clientèle ». Et à quelques centaines de mètres de son commerce, les dealers de cigarettes, eux, sont toujours là, mais plus discrets pour cause de contrôle du confinement. Du coup, le prix du paquet est passé de 5 à 6 euros. (Midi Libre).

•• « La vente de cigarettes a explosé » constate une buraliste du centre-ville d’Altkirch (à une vingtaine de kilomètres de Mulhouse, Haut-Rhin). Elle a enregistré une hausse des ventes de tabac de plus de 30 %.

Jeudi dernier, avant d’ouvrir elle a dû se rendre au Centre de Réapprovisionnement pour renflouer ses stocks. Et il y avait foule : « j’étais entourée des confrères de partout  ! On avait un ticket comme à la boucherie pour déterminer un ordre de passage… J’y ai passé ma matinée. C’est du jamais vu ! » (L’Alsace).

•• « Oui nous sommes ouverts. Nous avons sans cesse des appels pour nous le demander. En revanche, nous avons changé nos horaires » explique le couple à la tête d’un multi-services à Mars (à 25 kilomètres de Roanne, Loire).

Les clients viennent faire leurs courses à l’épicerie, puis prennent des cigarettes et beaucoup viennent chercher la presse régionale car plusieurs dépositaires des communes alentour sont fermés. Le couple continue la prestation d’autres services comme le gaz, le remplissage de cartouches d’encre, la reproduction de clefs, les photos d’identité, l’affûtage … » (Le Progrès).

•• Dans ce bar-tabac du centre de Draguignan (à 25 kilomètres de Fréjus, Var) ne restent que la fille et son père. Chômage partiel pour tous les employés du commerce. « La trésorerie du bar est à zéro. On se rattrape sur le tabac, mais on ne voit pas grand monde. Ils font le stock et repartent ».

« Je ne sais pas si j’aurais de quoi me faire un salaire. Il faut faire les comptes, mais ce n’est pas évident. » Elle s’estime « chanceuse », mais ne sait pas trop comment la suite va se dérouler (Var Matin).