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18 Mai 2016 | Vapotage
 

Bertrand-DautzenbergDans une longue interview sur parismatch.fr publiée ce lundi 16 mai, le pneumologue Bertrand Dautzenberg fait le point sur les apports du premier « Sommet de la vape » (voir Lmdt des 9 et 14 mai).

Trois points en ressortent, à la veille de la mise en place de la Directive européenne sur la cigarette électronique : un consensus récent (mais pas sur tout) entre usagers, acteurs de santé publique et associations de lutte anti-tabac ; l’annonce de la publication des données d’une « cohorte » de l’assurance-maladie, lors de la Journée mondiale sans tabac ; et le rappel de son leitmotiv : « si l’industrie du tabac, récupère la cigarette électronique, elle la tuera ».

• « Aujourd’hui, contrairement à il y a deux ans, la Direction générale de la santé, l’Académie nationale de médecine, le Haut conseil de santé publique, et les vapoteurs sont d’accord sur l’essentiel : la cigarette électronique est un bon produit pour arrêter le tabac qu’il convient, parmi les moyens officiels, d’encourager. Des points restent soumis au débat, notamment sur l’interdiction de la publicité ou le vapotage dans les lieux publics. Les vapoteurs sont pour l’interdiction de la publicité à la télé mais revendiquent l’information et la promotion, en particulier à l’intérieur des boutiques. Ils ne demandent pas qu’on vapote partout mais demandent à pouvoir le faire dans les bars et sur le lieu de travail. Sur le plan juridique, le fumoir est une possibilité théorique dans l’entreprise et le Directeur général de la santé (DGS), Benoit Vallet, a reconnu que ne donner aucune possibilité au « vapotoir » serait une mesure disproportionnée par rapport au risque sanitaire ».

• « Une analyse des données de l’assurance-maladie sur une grande cohorte va être publiée à la fin du mois pour la Journée mondiale sans tabac. Elle montre que chez l’adulte, la cigarette électronique n’est pas une porte d’entrée vers le tabagisme. Même chose, semble-t-il, chez le jeune », en faisant référence à l’étude « Paris sans Tabac » (voir Lmdt du 10 mai).

• « Pour l’instant, la promotion de la cigarette électronique est principalement dans les mains des vapoteurs et c’est une bonne chose. C’est un produit de consommation courante et non un médicament. C’est donc aux utilisateurs et au marché d’être leaders de ce produit : les vendeurs, les acheteurs et la société doivent se mettre d’accord.

« Aujourd’hui, en l’absence d’essais cliniques, le ministère ne peut pas affirmer que c’est un produit bon pour la santé, même si c’est hautement probable. Par contre, il a des arguments très forts pour dire que le tabac est un poison à éliminer et qu’il semble que la cigarette électronique, produit de consommation courante, joue un rôle pour éliminer le tabac. Le ministère de la Santé est 100% antitabac. Le paquet neutre gêne beaucoup les cigarettiers, même si on sait que cela ne va pas régler le problème. La baisse des ventes chez les buralistes, depuis quatre ans, est plus liée à la cigarette électronique qu’à la hausse des prix du tabac. Nous allons essayer de faire bouger les lignes ».

• « À l’occasion du « Moi(s) sans tabac », en novembre, nous allons monter des expérimentations autour de la cigarette électronique, dans les hôpitaux en particulier. En tant que médecin, c’est un produit à mettre en avant chez les fumeurs ».

• « Autant sur le plan sanitaire, ce n’est pas à la Ministre de décider, autant pour régler la vie publique (l’interdiction de la publicité, de vapoter sur les lieux publics …) c’est un problème politique et c’est une décision qui lui revient ».

• « La grande force de la cigarette électronique, c’est la vitesse de son évolution. Or les cerveaux, dans l’industrie du tabac, ne sont pas les bons pour travailler sur la cigarette électronique. Habitués à sortir des nouveaux produits créés cinq ans avant, ils ne savent pas raisonner en changeant de stratégie à trois mois. En revanche, de grands freins peuvent être infligés à la vape, tels les coûts d’enregistrement des nouveaux produits. S’ils s’élèvent à 250 000 dollars comme le veut la FDA (voir Lmdt du 6 mai), la cigarette électronique deviendra un produit du tabac. Ce que ne souhaitent pas les acteurs de la santé.  Des coûts trop élevés remettront les produits de la vape entre les mains de l’industrie du tabac, seule capable de les supporter, et tueront les produits qui plaisent aux consommateurs. Avoir des coûts d’enregistrement abordables profite à la vape indépendante et est aujourd’hui un combat à mener pays par pays ».