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2 Fév 2019 | Trafic
 

En répondant aux questions de Corse Net Infos, Hervé Natali (responsable des Relations territoriales de Seita-Imperial Brands, voir Lmdt des 15 décembre 2018 et 2 janvier 2019) revient notamment sur la spécificité corse au regard du marché parallèle du tabac, ainsi que sur les solutions permettant de lutter contre la hausse de la contrebande.

•• Il y a un écart de -25 % sur le prix du tabac avec le Continent, ici en Corse, … pour un trafiquant, ce n’est pas intéressant ?

Hervé Natali : « Il ressort de mes échanges avec les buralistes insulaires qu’ils ne sont pas autant impactés que leurs collègues sur le Continent.

« Le cabinet d’Audit KPMG avec lequel nous travaillons et qui fait une étude annuelle (voir Lmdt du 10 août 2018) n’en a fait aucune sur l’île. Pour la France, nous avons ciblé 126 villes. Nous n’avons pas la Corse, parce que l’île n’est pas encore concernée du fait de sa fiscalité différente. Pour un trafiquant de tabac, proposer des paquets de cigarettes à 5 euros ici, ce n’est pas intéressant.

« Mais au 1er janvier 2021, le gouvernement entend organiser une convergence entre les prix du tabac en Corse et sur le Continent. La contrebande augmentera alors, car c’est bien la fiscalité qui crée le trafic.

« La Corse est une région préservée. Il n’y a pas de vendeurs à la sauvette devant les buralistes comme sur le Continent. Il n’y a pas d’attaques de fourgons de transports de tabac ici, la dernière doit remonter à une vingtaine d’années. On ne voit que très peu de braquages de buralistes. Même si c’est toujours une profession à risque, c’est sans commune mesure avec ce que l’on voit sur le Continent. »

•• Quelles actions préconisez-vous en termes de lutte contre le trafic ?

H. N. : « Nous organisons des rencontres avec les différents acteurs de la filière, les élus, les autorités et les professionnels du tabac afin d’analyser la situation dans chaque région. Nous souhaitons la création d’un observatoire de la consommation de tabac de contrebande

« On participe aussi au démantèlement des réseaux internationaux. Il y a un très gros réseau de la mafia arménienne, en cheville avec la mafia calabraise, qui est très actif dans la région bretonne. En cas de saisie, les autorités nous contactent pour que nous authentifions la marchandise. C’est important pour faire le lien avec un braquage ou un cambriolage. 

« Nous informons également la population et les autorités et pour cela nous avons créé un site internet, trafic-tabac.fr, qui répertorie les chiffres et les risques de ce commerce. »

•• La Grande Bretagne doit-elle être un exemple ?

H. N. :« La Grande-Bretagne a de l’avance sur nous. Leur fiscalité a augmenté plus tôt que la nôtre. Ils ont mis beaucoup de moyens en termes de communication et d’outils de lutte.

« La police utilise beaucoup les chiens renifleurs. Il y a en Grande-Bretagne des numéros verts pour le signalement. Le pays exerce également une forte prévention contre l’achat de tabac hors réseau officiel.

Ils se sont aussi clairement positionnés en faveur du vapotage, ce qui n’est pas encore le cas en France. Mais nous nous orientons vers le même genre de mesures. La Grande Bretagne doit être un exemple. »

•• Sur la traçabilité ?

H. N. : « Nous demandons cette traçabilité des produits du tabac depuis plusieurs années. C’est intéressant pour disposer de données qui seront à la disposition des autorités. Elles pourront ainsi organiser une meilleure lutte contre le trafic. 

« À partir de mai 2019, nous allons fabriquer des paquets, des cartouches et des palettes qui pourront être authentifiés et tracés de leur fabrication jusqu’à leur livraison.

Nous aurons un an pour écouler les stocks des paquets non identifiés. À partir du 20 mai 2020, il n’y aura plus aucun paquet non traçable sur le marché européen. »