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2 Fév 2021 | Observatoire
 

Depuis que la décision de la Cour de justice européenne fragilisant la réglementation encore en cours en France (voir 19 novembre 2019), les ouvertures de boutiques se sont multipliées en quelques mois dans la capitale. Décryptage du phénomène dans Le Parisien.

« C’est un marché gris, sans régulation mais pas interdit », résume d’emblée Aurélien Bernard, rédacteur en chef de Newsweed, un site spécialisé. 

•• « Nos clients sont pour beaucoup des jeunes, plutôt bobos » assure Brice Masseix, patron de plusieurs magasins de CBD « Purple Store ». « Mais on a aussi des clients de tous âges, que les pharmaciens nous envoient, des cadres supérieurs qui veulent la détente sans la défonce, des sportifs qui veulent soulager des douleurs. On a même eu une petite mamie de 70 ans qui nous a acheté de la tisane au CBD à la citronnelle pour se relaxer avec ses copines. »

Le produit phare reste cependant la tisane à la fleur de chanvre. « Ils la vendent comme tisane mais on l’achète pour la fumer », rigole un client sous couvert d’anonymat. « C’est un peu un marché d’hypocrites. » Et d’ajouter : « certains affichent des feuilles de cannabis sur leur logo. Et presque tous vendent des feuilles à rouler… »

Dans certaines échoppes, on peut également acheter des cookies, du chocolat ou des chewing-gums au CBD, des produits dérivés comme des huiles de massage, des cosmétiques à base de chanvre et même du CBD pour animaux.

•• L’essor de ces nouvelles boutiques date de novembre dernier et de la décision de la Cour européenne de justice, qui a jugé illégal d’interdire le CBD en France. À Paris, la situation avait été particulièrement tendue. En 2018, la brigade des stupéfiants avait débarqué dans plusieurs boutiques, les enseignes avaient été fermées et placées sous scellés, les commerçants avaient été poursuivis.

•• Deux ans après ces épisodes judiciaires tumultueux, et surtout trois mois après la décision de la Cour européenne, les récentes boutiques et le CBD, « ce n’est pas un sujet pour nous à la police » assure Yvan Assioma, secrétaire national du syndicat de police Alliance Ile-de-France.

Du coup, « il y a une boutique de CBD qui ouvre presque toutes les semaines », assure Aurélien Bernard, « certains comme boutique de CBD, d’autres comme épicerie bio, herboristerie … »

Dans le lot, il y a aussi des commerçants de cigarettes électroniques « un peu en perte de vitesse qui se sont greffés sur le marché sans forcément de conviction, et des opportunistes économiques. D’ici à la fin de l’année, on va tripler les boutiques. Les verrous ont sauté et il y a de la place pour tout le monde. »

•• À la Chambre de commerce, on est plus mesuré sur le phénomène … « faute de textes organisant la mise en pratique de cette dérogation, nous refusons l’enregistrement de tout commerce de produit contenant du cannabis. »

•• En revanche, à l’Assemblée nationale, les députés sont plus bavards. À la fin de la semaine prochaine, Robin Reda, député (LR) de l’Essonne, rendra un rapport (voir 14 janvier 2021, 17 septembre 2020).

L’élu, conscient de « l’explosion du marché », de l’ouverture de ces boutiques et du « retard de la France sur le sujet », préconise l’autorisation de vente du chanvre français, y compris les têtes de fleurs. « Tout le monde est dans les starting-blocks », assure Robin Reda. « Il y a un marché à prendre. C’est un peu Vivre le chanvre français ! »