Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements évoquant directement ou indirectement le tabac
20 Fév 2021 | Observatoire
 

Du fromage au cannabis « bien-être » : la transition était risquée, mais l’agricultrice « rebelle » Nathalie Pagé a bravé le flou juridique pour devenir l’une des rares productrices de CBD en France, quitte à enfreindre la loi actuelle en pariant qu’elle finira par tourner en sa faveur.

L’AFP lui consacre un reportage signé Nicolas Kienast. Nous en reproduisons l’essentiel.

•• Son chanvre (« cannabis » en latin) dépourvu de THC, la molécule psychotrope, la « militante » explique le faire pousser sur les pentes de la Drôme provençale, à Bouvières, sur les terres de la Ferme du Faucon où broutaient encore des chèvres il y a cinq ans.

Le décès de son compagnon a conduit en 2016 cette « fille de la plaine » du centre de la France, installée dans la « montagne » drômoise il y a 25 ans, à tourner le dos à ses bêtes et au Picodon, le fromage de chèvre du coin. Trop lourd, seule avec ses deux enfants Marius (21 ans aujourd’hui) et Félix (18 ans). « Les chèvres, c’est 7 jours sur 7 ; il ne faut pas être malade ni dormir le dimanche matin. Le chanvre, lui, ne crie pas », image-t-elle auprès de l’AFP.

•• Mais le chanvre peut attirer des ennuis.

Si la quinquagénaire a le droit de cultiver le chanvre pour produire du CBD, la molécule non psychotrope à laquelle sont attribuées des vertus relaxantes, elle ne doit pas commercialiser, pour le moment, la fleur de la plante. Une impasse réglementaire qui interdit toute production française et que cette avant-gardiste a décidé d’ignorer.

Un choix osé. La Cour de justice de l’Union européenne a rappelé en novembre que le cannabidiol, ou CBD, n’est pas un stupéfiant et a jugé illégale la position de la France, qui interdisait jusqu’ici d’importer cette substance produite naturellement dans d’autres pays européens (voir 19 novembre 2020). Mais elle n’a pas encore tranché la question de la production.

La création d’une filière agricole « made in France » agite l’Assemblée. Mercredi dernier, un rapport parlementaire a officiellement réclamé « l’autorisation de la culture (…) de toutes les parties de la plante de chanvre », y compris la fleur (voir 12 février). Si aujourd’hui Nathalie Pagé n’oublie jamais ses certificats et le résultat d’analyse de son chanvre avant de se rendre sur le marché de Crest, à une quarantaine de kilomètres, pour vendre ses produits (huile, macérat, tisane, fleur…), cinq ans en arrière le paysage juridique était encore moins favorable (…)

•• L’audace a ainsi fait de Nathalie Pagé, 52 ans, une agricultrice pionnière qui compte parmi les rares paysans français capables de vendre sa propre récolte de CBD : « la seule dont la fleur est bio », s’enorgueillit-elle.

Elle a récolté 1 700 plants l’automne dernier, dont certains sèchent encore dans son hangar qu’elle continue d’appeler « la Fromagerie » en souvenir de son ancienne activité, et vise le double pour 2021. « Regardée de travers » au départ, elle voit l’intérêt croître autour de son chanvre, terme qu’elle préfère à cannabis. « Pour différencier par rapport au (cannabis) psychotrope: quand on dit cannabis aux gens, ça leur hérisse le poil ».

•• Au marché de Crest, de nombreux clients s’arrêtent devant son stand, par curiosité ou pour acheter des tisanes ou huiles afin de soulager des douleurs, comme cette cliente pour sa mère de 98 ans.

« D’une plante généreuse, on a fait du chanvre une plante dangereuse, diabolisée. Il faut informer les gens, et surtout ne pas les tromper. Leur donner des produits qui les satisfont, leur font du bien, surtout en ce moment: qu’est-ce que les gens ont besoin de déstresser », explique-t-elle, assurant n’avoir eu que des retours positifs sur ses produits.

•• Elle reçoit également de nombreux appels d’agriculteurs « qui veulent se reconvertir dans le chanvre car leur activité bat de l’aile ». À ces collègues qui « se meurent », elle vante l’intérêt de ce chanvre CBD, « un produit de qualité qui permet de gagner sa vie sans voler les gens ».

Cette convertie milite également pour le développement d’une filière française de qualité. Les boutiques spécialisées se fournissent auprès de producteurs étrangers, peu regardants selon elle. « On ne sait pas d’où ça vient, ni ce qu’ils mettent dedans. Nous, nous faisons du bio, nous avons une charte à respecter ».

 Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.