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7 Juil 2020 | Observatoire
 

Lucratif, le business du CBD est encore risqué, mais de nombreux entrepreneurs sont prêts à braver les interdits pour avoir leur part du gâteau.

C’est du moins ce que rapporte un article des Échos (édition du 3 juillet). Article qui est instructif sur les incohérences de la situation actuelle.

•• Aujourd’hui, les boutiques commercialisant le CBD poussent comme des champignons.

« Il en ouvre un presque tous les jours » , observe Ludovic Rachou, cofondateur de Rainbow, une start-up spécialisée dans le chanvre bien-être.  Il y avait eu une première croissance de cette activité avant 2018, mais beaucoup de boutiques ont fermé, faute de législation claire.

« Aujourd’hui, nous sommes toujours dans un flou juridique. Ce n’est pas autorisé, mais ce n’est pas interdit », analyse Ingrid Metton, avocate pénaliste et spécialiste dans le CBD qui accompagne de nombreux entrepreneurs. Elle dénonce l’hypocrisie des autorités françaises et pointe une politique trop répressive : « j’ai traité mon premier dossier en 2014, et depuis, on n’a toujours pas avancé sur le sujet », regrette l’avocate qui milite en faveur d’un cadre plus structuré.

•• La législation française est des plus sévères. En France, seules les tiges et les graines de cette plante sont autorisées.

« Mais pour produire de l’huile, il faut extraire la fleur », souligne Ludovic Rachou du Syndicat du Chanvre qui pointe un non-sens. Il propose de supprimer l’obligation de 0 % de taux de THC dans le produit fini. Cette liberté permettrait de faciliter la vente de produits dérivés. Même si les produits sont proches de 0 %, il reste toujours des résidus. « En cas de contrôle, c’est un peu borderline », reconnaît Ludovic Rachou.

•• Malgré toutes ces complications, de nombreux entrepreneurs français sont prêts à prendre le risque pour avoir leur part du gâteau.

Aux États-Unis, ce marché représentait environ 591 millions de dollars en 2018, mais pourrait être multiplié par 40 d’ici à 2022, selon une étude du Brightfield Group, publiée en octobre 2019. « Quand on regarde le potentiel du marché à l’international, cela vaut le coup d’essayer » , estime David Miguerès, fondateur de Chilled, une boisson pétillante à base de CBD vendue en ligne qu’il a lancée en avril dernier, pendant le confinement. « Il y a un mini-risque juridique », reconnaît l’entrepreneur.

•• Sur ce marché prometteur, les entrepreneurs peuvent avoir, néanmoins, du mal à convaincre les investisseurs de les suivre sur un terrain aussi glissant. « Notre banquier a eu un peu de mal à avoir l’accord de son N + 1 pour nous financer », confie le cofondateur de Chilled.

Une fois le financement assuré, pas facile de trouver une plateforme qui accepte d’assurer les transactions bancaires en ligne, par exemple. « Nos fonds ont été bloqués plusieurs fois sur PayPal car ils estiment qu’on vend des stupéfiants. On a dû passer par un service en ligne aux États-Unis », confie l’entrepreneur.

•• Même type d’embûches rencontrées par Camille Chaigneau, cofondatrice de Slow CBD infusion, en phase de production grâce à une campagne de crowdfunding réussie. À sa grande surprise, impossible de communiquer sur le projet via les réseaux sociaux. « Notre compte Instagram a été fermé plusieurs fois, parce que nous avons été accusés de faire l’apologie de la drogue », indique la jeune femme.

(Voir aussi les 14, 11 et 6 juin ainsi que le 21 mai)