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30 Avr 2021 | Observatoire
 

Près de trois mois après le rendu du rapport parlementaire autour du cannabis bien-être (voir 10 et 12 février 2021), l’avenir du CBD et de sa filière française se joue dans les couloirs de l’administration centrale. Associations et professionnels du secteur s’inquiètent d’un revirement gouvernemental et d’une possible interdiction indique un article de Libération

Selon le quotidien, la réécriture de l’arrêté de 1990 coordonnée par la Mission interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites addictives (Mildeca) tarde à être rendue. En coulisse, on parle d’une orientation restrictive, aux antipodes des conclusions délivrées par la mission parlementaire.

•• Une réunion interministérielle s’est tenue le 22 avril. Dans le viseur des autorités : la fleur de chanvre, vendue par 400 boutiques dans l’Hexagone pour des tisanes et infusions et également fumée par les consommateurs. Selon le quotidien, la nouvelle version de l’arrêté de 1990 devrait être rendue publique début juin.

•• Pour Ludovic Mendes, député LREM de la Moselle (voir 23 juillet 2020) et rapporteur thématique du volet « cannabis bien-être », les discussions en cours « ne vont pas dans le sens des conclusions des parlementaires. La Mildeca donne peu d’informations ».

« On sait que les autorités voudraient éviter que la fleur puisse être consommée et vendue sous cette forme. Mais on s’est fait retoquer par l’Union européenne, à partir de là, il faut bouger. Nous devons répondre rapidement à ce flou juridique, on ne peut plus continuer à laisser les chefs d’entreprise dans cette situation » rappelle-t-il en évoquant le sort de dizaines de boutiques de CBD poursuivies par la justice et d’entrepreneurs dans l’attente (voir 21 et 4 mars 2021).

« Nous avons aujourd’hui suffisamment de preuves pour montrer qu’il n’y a pas de risque avec le CBD. On ne parle pas de stupéfiants, mais d’un marché autour d’une plante » souligne-t-il, « on a besoin de faire en sorte d’utiliser la fleur pour fabriquer les produits finis et ce serait mieux qu’elles soient produites en France car nous avons un véritable savoir-faire.»

•• Malgré l’ouverture récente sur l’angle médical (voir 27 mars), le contexte est depuis quelques semaines peu favorable à la plante et à ses dérivés.

Dans un entretien donné au Figaro, Emmanuel Macron a appelé à lancer « un grand débat national sur la consommation de drogue et ses effets délétères » (voir 19 avril).

Y ajouter à cela une campagne de sensibilisation contre la drogue d’ici la fin de l’été, a précisé au JDD le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui estime que le cannabis était « devenu une drogue dure » (voir 25 avril 2021).

•• « Ce qui nous inquiète, c’est que le CBD soit la première victime de cette affreuse séquence médiatique » pointe Béchir Saket Bouderbala, membre fondateur de L630.

Pour Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien et porte-parole de la Fédération Addiction, « la régulation attendue doit s’appuyer sur l’ensemble des données scientifiques, pharmacologiques, de production et de commercialisation, mais elle doit aussi prendre en compte ce besoin de bien-être chez le consommateur dans une société de stress. Mais le débat reste réductionniste, les autorités ne s’intéressent pas aux sciences humaines et restent obsédées par l’idée que le CBD est le cheval de Troie du cannabis récréatif ».

Un constat appuyé par Aurélien Delecroix, président du Syndicat professionnel du chanvre (voir 27 décembre 2020 ) qui dénonce une réécriture de la loi dans la plus totale opacité : « l’arrêté de 1990 est actuellement réécrit avec pour seul acteur « professionnel » l’inter-profession du chanvre (InterChanvre). Or cette dernière, qui représente les intérêts des chanvriers « industriels » n’a aucune légitimité en la matière puisque leur activité ne concerne pas la valorisation des fleurs de chanvre et leurs principes actifs mais uniquement la paille pour l’isolation. »