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13 Août 2020 | Observatoire
 

Deux ans après la folie du cannabidiol, le business doit encore faire ses preuves en Normandie.

Lors de l’été 2018, des boutiques de CBD se sont multipliées de manière impressionnante dans la région. Avant de fermer aussitôt pour un grand nombre. Aujourd’hui, celles qui subsistent profitent d’un marché qui semble avoir du potentiel au-delà du marasme juridique et réglementaire (voir 8 et 2 août, 22 juillet). Paris Normandie s’est livré à un tour d’horizon que nous reproduisons. 

•• Dans sa boutique Sa-Tea-Va à Évreux, ouverte depuis début juin, le responsable ne manque pas d’arguments pour vanter les vertus relaxantes et apaisantes du CBD. Il arbore un t-shirt au message explicite : « No illicit substances, just CBD ». Autrement dit, cette molécule ne doit pas être confondue avec le THC.

Sur les présentoirs de la boutique, on trouve ainsi des tablettes de chocolat, des biscuits, de l’huile d’olive, du thé ou du café, mais aussi des sucettes et des chewing-gums. « Ce qui marche le mieux, ce sont les infusions et les huiles sublinguales », constate-t-il.

Pour chaque client, une fiche avec le prénom et le cachet du magasin est agrafée au sac. Cette mesure a été prise en accord … avec la police qui est déjà venue inspecter le magasin. Ainsi, en cas de contrôle sur le chemin du retour, les clients sont « couverts » : leur chanvre est bien du CBD.

•• Au Havre, le patron d’un CBD shop tient également à ce que l’on fasse la distinction. Il n’a pas digéré la fermeture de son magasin quelques semaines seulement après son ouverture en juillet 2018. Même s’il reconnait qu’« on ne peut pas jouer les vierges effarouchées » en proposant un produit proche du cannabis, il pensait être à l’abri en ayant vérifié au préalable la légalité de son affaire avec un avocat.

Il a pu s’en sortir et reprendre son activité en 2019. Depuis, les choses marchent bien, il a trois employés, mais les affaires ne sont pas aussi florissantes qu’il l’espérait. « J’ai créé le Weed corner en pensant aux franchises, mais à ce jour, ça reste ma seule boutique. »

•• À Rouen, un homologue a, lui, réussi à s’étendre rapidement. À peine sa boutique de Louviers ouverte, il projette déjà deux nouvelles inaugurations du « Green power shop » à Yvetot et Vernon.

En deux ans, il a construit un petit empire régional. Il possède déjà quatre points de vente à Rouen, Pont-Audemer, Évreux et Honfleur. « On fait des sacrifices, on se verse le minimum comme salaire », précise le jeune entrepreneur qui craint un durcissement de la législation qui ferait fermer ses boutiques.

•• Toujours à Rouen, le patron de « Babylon-shop by weed paradise », boutique spécialisée dans les accessoires fumeurs depuis 2003, a décidé de se lancer dans la commercialisation du CBD il y a trois ans. Aujourd’hui, « 10 à 15 clients par jour » franchissent le pas de sa porte pour s’en procurer. De 10 à 45 euros le gramme pour du très haut de gamme. Il distingue deux types de clientèle : « ceux qui cherchent un goût et une odeur cannabinolés, et ceux qui ont besoin d’aide pour se détendre avant de s’endormir. »

•• Preuve du potentiel de ce marché selon Paris Normandie : il attire aujourd’hui les buralistes.

« Une mission parlementaire est en train de se pencher sur le sujet », souffle Dominique Kazmierczyk, président de la chambre syndicale de Seine-Maritime (Le Havre) qui juge « la législation actuelle peu claire et explique que ses confrères et lui-même attendent une vraie clarification avant de se lancer » (voir 23 juillet).