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21 Jan 2019 | Observatoire
 

« On a un Starbucks, un McDo, on peut bien avoir un « coffee shop », c’est pas plus mauvais pour la santé. » Depuis un mois, les habitants de Villeurbanne, près de Lyon, débattent de l’emprise du cannabis sur leur ville et la société (voir Lmdt du 28 novembre 2018).

Du 10 décembre au 10 février, la municipalité socialiste a lancé une concertation citoyenne pour « ouvrir le débat » et remettre un livre blanc au gouvernement au mois de mars – qui ne manquera pas de poser la question de la légalisation du stupéfiant préféré des Français.

•• Près d’un sur deux a déjà fumé un joint et 10 % des 26-45 ans s’y adonnent régulièrement, selon le dernier baromètre de l’organisme Santé publique et de l’Observatoire des drogues et toxicomanies (OFDT / voir Lmdt des 27 septembre et 6 février 2018). Villeurbanne et ses 150 000 habitants n’échappent pas à l’invasion de la résine et de l’herbe, avec une soixantaine de points de vente recensés.

Et autant de nuisances pour les riverains, partout où le trafic s’approprie l’espace public.

•• Mardi dans la salle des mariages de l’hôtel de ville, lors d’une première table-ronde organisée dans le cadre de la concertation – une autre est prévue le 24 janvier -, la parole donnée au public a révélé beaucoup d’exaspération face aux « dealers », rapporte l’AFP dans une dépêche du 18 janvier.

« Tous les jours, j’ai sept personnes devant chez moi. On est harcelé, alors que je me suis endettée pour 20 ans pour habiter ici. Sans compter les surcoûts pour réparer l’interphone brûlé, installer des caméras, nettoyer les tags sur les portes ou l’urine dans les caves », a déploré une habitante du quartier Charpennes, résidentiel et tertiaire, devant quelque 150 personnes.

« Moi, savoir si le cannabis est bon ou mauvais pour la santé, je m’en fous », a ajouté sa voisine de palier. Après sept mois passés dans leur immeuble, au bas duquel un réseau a pignon sur rue, cette propriétaire a jeté l’éponge et déménagé à Lyon. Ce qu’elle veut savoir aujourd’hui, « c’est pourquoi la police n’intervient pas ».

•• « Il y a eu des interpellations sur ce secteur. Mais les policiers eux-mêmes le disent : c’est vider l’océan avec une petite cuillère », leur a répondu l’adjoint à la sécurité de Villeurbanne, Didier Vullierme.

La cohabitation forcée avec les dealers exaspère aussi dans le secteur du Tonkin.

« Il y a cinq ans, à la sortie de l’école, les enfants pouvaient jouer sur la place, aujourd’hui les nourrices ne restent plus à cause de nos voyousins », raconte une résidente. « Ils s’installent avec leurs chaises de jardin, boivent, mangent, jettent tout par terre, ils font du bruit… ça commence vers 11h et ça finit à 21h. C’est un véritable empoisonnement du quartier. »

•• Pour « sortir de l’impasse » d’une prohibition dépourvue d’effets, sur la consommation comme sur la vente, la mairie compte sur les Villeurbannais, sans le dire explicitement, pour promouvoir l’option de la légalisation. Ce qu’une majorité des participants à sa plate-forme en ligne – autre outil de la concertation – fait depuis un mois à travers leurs propositions (une cinquantaine ont été enregistrées) et leurs votes (environ 1 300).

« Le tabac et l’alcool, en vente légale, sont plus toxiques que le cannabis. Du simple point de vue de la cohérence, il n’y a pas de raison de maintenir le cannabis illégal », écrit l’un des contributeurs, d’autres voyant dans la légalisation un moyen d’assécher le trafic tout en contrôlant la qualité du produit.

•• Lors de la table-ronde de mardi, éclairée par des experts, un ancien commissaire de police – adepte de la tisane à l’herbe, de son propre aveu – a été applaudi après avoir soutenu les mêmes arguments sanitaires et sécuritaires en faveur d’une légalisation.

Mais face au public, la directrice adjointe de l’OFDT, Ivana Obradovic, a souligné que l’expérimentation menée par l’Uruguay, le Canada et dix états américains avait, pour l’heure, des effets contrastés.