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14 Fév 2020 | Observatoire
 

L’expérimentation en France de cannabis « à vocation thérapeutique » (donc différent du CBD / Chanvre de Bien Être et du cannabis récréatif), qui sera lancée en septembre prochain par l’ANSM (Agence nationale de Sécurité du Médicament), prévoit l’importation de traitements à base de cannabis (voir 24 janvier). 

Seulement voilà. Les entreprises canadiennes espèrent conquérir ce marché (voir 22 janvier) mais une filière nationale veut aussi voir le jour. Une enquête du Figaro.

•• Une serre de 2,4 hectares, cernée de barbelés … de hauts bâtiments gris, contrôlés par des agents de sécurité zélés. À Cantahede au nord du Portugal, l’entreprise canadienne Tilray – l’un des leaders mondiaux – a inauguré, en avril 2019, la plaque tournante de la culture, la transformation et la distribution du cannabis thérapeutique à destination de plusieurs pays européens : Allemagne, Irlande, Royaume-Uni, Croatie, Chypre …

20 millions d’euros ont été investis dans des installations futuristes, certifiées Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) par l’Agence européenne du Médicament. Désormais, plus de 200 personnes se relaient jour et nuit pour faire pousser des milliers de pieds de 43 variétés différentes de cannabis.

En ce moment, un dossier stratégique …occupe tout particulièrement les dirigeants : l’ANSM – en France, donc – lance en septembre prochain une expérimentation pour deux ans. Les entreprises seront bientôt choisies …

•• Être présent dès maintenant sur le marché hexagonal est capital pour les sociétés canadiennes. Ces multinationales souvent cotées en Bourse, comme Tilray, Canopy Growth ou Aurora, ont une longueur d’avance en termes de savoir-faire, mais sont pourtant sous pression (voir 2 janvier). Ces géants canadiens le jurent : ils ne se contentent pas de livrer du cannabis. Ils investissent dans les pays où ils fournissent des traitements.

• En Allemagne, où Aurora est dominant sur le marché avec 4 tonnes de commandes, le groupe construit des serres près de Leipzig.

Tilray assure de son côté vouloir contribuer à l’économie française. « Même si la production restait basée au Portugal, nous créerons des emplois en France. Il faudrait alors des équipes de médecins-conseils, des délégués médicaux, des juristes, des livreurs … » énumère Dounia Farajallah, directrice de la filiale française.

• Face à eux, des challengers européens se positionnent, comme le hollandais Bedrocan ou le britannique Emmac Life Sciences. Ce dernier, qui ambitionne de devenir leader sur le Vieux continent, possède aussi un site de production au Portugal et livre huit pays. « C’est important, dans ce domaine, d’être des experts locaux » confie le directeur général Antonio Constanzo. Pour preuve, le rachat en juin dernier de l’entreprise corrézienne Green Leaf, spécialisée dans le CBD.

•• Il semble, a priori, impossible pour une industrie française de se positionner face à ces géants. Sauf à des fins de recherche, la loi ne permet pas de cultiver du cannabis à forte teneur en THC.

La députée LREM Emmanuelle Fontaine-Domeizel, suppléante de Christophe Castaner dans les Alpes-de-Haute-Provence, s’inquiète du retard pris. « Je souhaiterais que l’on puisse créer une filière made in France, avec les agriculteurs et les extracteurs, bouillonne-t-elle. Il faut qu’ils puissent vivre de leur travail. Que le Canada vise la France pour un quelconque marché, on l’entend. Mais on veut avoir notre rôle à jouer dans cette affaire ».

•• Des acteurs tricolores fourbissent quand même leurs armes, notamment l’union de coopératives InVivo, leader français du chanvre industriel (utilisé principalement dans le textile).

Le groupe veut lancer un grand consortium de cannabis thérapeutique sous serre. « On veut faire de la R&D dès le lancement de l’expérimentation. Nous serons ensuite en mesure de prendre le relais des produits d’importation d’ici deux ans » promet Yves Christol, le directeur général d’Invivo food & tech. « Tout pourra commencer quand l’ANSM nous donnera une autorisation » poursuit-il.

•• De plus petits agriculteurs attendent aussi un feu vert des pouvoirs publics, comme on le leur a promis. La Creuse, notamment, veut devenir un champion du secteur (voir 29 janvier).

Des agriculteurs comme Jouany Chatoux, membre du Syndicat professionnel du Chanvre, sont prêts. « Nous avons un ancien site militaire, un bunker sous terre. On travaille à la création d’un pôle d’excellence. Tout est prêt mais cela devient urgent. Les ministères et l’ANSM se renvoient la balle. C’est un peu le flou artistique » déplore-t-il. « Il faudra, après les deux ans de test, laisser la place aux acteurs locaux ! Sinon on va louper ce marché … »