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4 Juin 2018 | Observatoire
 

Emmanuel Macron avait lancé, cet automne, un défi aux élus de la Creuse : innover pour redynamiser l’un des départements les plus défavorisés de France.

Aujourd’hui, ils lui proposent de se lancer dans la culture et la transformation du cannabis à vocation thérapeutique (voir Lmdt du 10 mai).

Un projet pouvant apporter des millions d’euros à une zone sinistrée par la désertification rurale, qui ne paraît plus si loufoque, selon La Dépêche du 2 juin, depuis l’ouverture du débat par la ministre de la Santé (voir Lmdt du 24 mai).

•• Contexte. Le 17 octobre, le président recevait à l’Élysée les élus creusois, histoire de tirer un trait sur sa visite mouvementée en Corrèze où ces élus, venus à sa rencontre avec les ouvriers de GM&S, avaient été reçus à coup de gaz lacrymogène. En guise de rameau d’olivier, Emmanuel Macron leur avait proposé un « Plan Particulier pour la Creuse », à charge pour eux de revenir vers lui avec des solutions innovantes.

•• Chiche lui répondent-ils, emmenés par Éric Corréia (photo) président du Grand Guéret.

Cet infirmier anesthésiste, formé à la prise en charge des douleurs, a rallié le député En Marche local, Jean-Baptise Moreau, dont l’attaché parlementaire, l’infirmier addictologue Vincent Turpinat, défend désormais la démarche … sur le cannabis thérapeutique,

« Au début on s’est montré méfiants. Bien que convaincu de l’intérêt médical de cette plante, le député sait que le sujet est sensible en France et que les confusions sont vites faites avec les usages récréatifs. Ce que nous défendrons pour la Creuse, c’est la possibilité d’expérimenter la plantation de cannabis à vocation médicinale, sa transformation, sa valorisation économique et sa distribution contre suivi médical strict et sous contrôle de l’État ».

L’exemple du Colorado fait rêver Éric Corréia. « Autant vous dire que 10 % de tout ça me suffirait amplement pour la Creuse ! » (voir Lmdt du 23 juin 2016).

•• Reste à rallier l’opinion. Le mardi 22 mai, à Guéret, quelque 200 Creusois se pressent à une réunion d’information organisée par l’association NormL, dont les spécialistes santé et droit accompagnent la démarche.

Olivier Bertrand, médecin addictologue et cofondateur de l’association, vante le « consensus médical international » sur les effets calmants du cannabis. « Pourtant en France, le patient qui essaye de se procurer du cannabis sera exposé à un triple risque : sanitaire en se procurant la molécule sur le marché noir, sécuritaire puisqu’il est contraint de la rechercher auprès de circuits illégaux et enfin judiciaire puisqu’il s’expose à des poursuites », explique-t-il.

Pour Béchir Bouderbala, juriste de l’association, une filière thérapeutique expérimentale en Creuse concernerait « un peu moins de 300 000 patients français susceptibles d’être répondants aux molécules thérapeutiques du chanvre ». Avec, à la clef, dès la première année, « 500 à 1 000 emplois directs dans le département, sans parler des emplois induits et des retombées économiques ».

« Ici, il y a la place, le terroir qu’il faut, mais également le savoir-faire, puisque la Creuse jusqu’au XIXe siècle était un important territoire de culture de chanvre », renchérit Marien Sablery, qui en cultive encore, mais pour ses débouchés réglementaires (bâtiment, alimentation animale, fibres vestimentaires). « Le chanvre thérapeutique serait une diversification d’avenir innovante pour nos métiers qui souffrent tellement », plaide-t-il.

•• Prochaine étape des élus, une rencontre avec le Président pour présenter leur démarche avec en ligne de mire … la naissance d’une filière dès 2019.