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27 Fév 2020 | Observatoire
 

Au Salon de l’Agriculture (22 février – 1er mars à Paris), l’impatience des professionnels est palpable, à quelques mois d’une première expérimentation sur 3 000 patients dans le pays (voir 14 février).

Au sein du « village » des semenciers, certains acteurs profitent du salon pour une opération séduction. Confiture au chanvre, dégustation de graines vantant leur apport protéiné, lait relaxant au CBD : loin des volutes de fumée, les projecteurs sont braqués, en l’espèce, sur les utilisations très variées de la plante. Mais hormis ces applications « bien-être », c’est surtout l’usage médical qui intéresse, explique une dépêche AFP.

•• « Il faut absolument qu’on soit en capacité au niveau français de mettre en place cette nouvelle filière thérapeutique » martèle le député LREM de la Creuse Jean-Baptiste Moreau, en visite sous sa nouvelle casquette de rapporteur général de la Mission d’information parlementaire sur les usages du cannabis, lancée fin janvier (voir 23 décembre 2019 et 23 février 2020).

À l’heure actuelle, la loi française empêche toute production médicale. Impossible de cultiver des plants de cannabis contenant plus de 0,2% de THC et d’en récolter les fleurs.

•• Une interdiction dont InVivo, l’un des premiers groupes coopératifs agricoles français, espère s’extraire : il a déposé une demande d’autorisation à l’Agence du médicament (ANSM) depuis deux semaines, pour bénéficier d’une exception à titre expérimental.

« Globalement, il va nous falloir 18 mois pour s’assurer que la plante a une composition standardisée et qu’on a un médicament au sens pharmaceutique du terme » assure Yves Christol, directeur général d’InVivo Food & Tech. Il est prêt à investir 10 millions d’euros et compte développer une variété spécifique pour chaque pathologie ouverte à la prescription. Le groupe souhaite « prendre le relais des importations dans deux ans », lorsque l’expérimentation du cannabis thérapeutique prendra fin, puis conquérir le marché mondial grâce au développement génétique de variétés à usage médical.

•• Et InVivo n’est pas le seul sur les rangs : le département de la Creuse veut également devenir un « pôle d’excellence », capable de fournir du cannabis thérapeutique.

Mais au sein de la filière, la modification indispensable du cadre légal fait figure d’arlésienne. En Maine-et-Loire, le semencier Hemp It compte déjà dans son catalogue des graines permettant de faire pousser des plants de cannabis illégaux. Depuis deux ans, il réclame d’expérimenter, « sans aucun retour » des autorités, soupire son président, Jacques Martin.

•• Après avoir fait voter l’expérimentation du cannabis thérapeutique en tant que député, « Olivier Véran est aujourd’hui ministre de la Santé, donc normalement cela devrait aider » espère Nathalie Fichaux, directrice d’InterChanvre, l’interprofession qui rassemble les 1 500 producteurs de chanvre.