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6 Jan 2019 | Observatoire
 

Le marché mondial du cannabis médical pourrait s’élever à 55,8 milliards de dollars en 2025 (49 milliards d’euros), soit une taille quasiment multipliée par cinq (par rapport à 2015), selon une étude du cabinet Grand View Research. 

Cette forte croissance devrait être tirée par l’ouverture d’un plus grand nombre de pays à un usage médical du cannabis – dont la France (voir Lmdt des 29 et 14 décembre 2018) – mais aussi « par un nombre grandissant d’applications thérapeutiques », résumait une étude du cabinet Bryan Garnier, publiée début 2018.

Mais selon une enquête de BFMTV (publiée ce 25 décembre), peu de laboratoires pharmaceutiques se sont vraiment lancés sur le créneau. Esquisse d’explications.

•• Les prévisions « mêlent souvent un usage thérapeutique et récréatif du cannabis », tempère Patrick Biecheler, spécialiste du secteur pharmaceutique au cabinet allemand Roland Berger, interrogé par l’AFP : le « vrai » marché du cannabis médical, sous forme médicamenteuse et non combustible, ne devrait pas excéder quelques centaines de millions de dollars, pronostique-t-il, arguant que des alternatives de médicaments classiques existent déjà dans la plupart des cas.

Et les prix des médicaments à base de cannabis ne devraient pas être « à la hauteur de ce que les grands laboratoires peuvent espérer » avec des traitements plus innovants contre des maladies graves, complète Marc-Olivier Bévierre, consultant santé au cabinet Cepton Strategies.

•• Aussi la présence de la « big pharma » dans le cannabis thérapeutique se limite pour le moment à quelques cas isolés.

Parmi eux, l’américain AbbVie, qui commercialise le Marinol (médicament cannabinoïde de synthèse pour traiter des douleurs neuropathiques) ou le canadien Valeant, qui vend dans quelques pays le Césamet (autre cannabinoïde de synthèse, indiqué pour soulager des douleurs chroniques notamment).

•• Une kyrielle de laboratoires plus petits explore toutefois ce champ nouveau.

Fondé en 1998, le groupe britannique GW Pharmaceuticals est actuellement leader mondial du secteur, avec deux produits déjà autorisés. GW a développé l’Epidiolex, le premier médicament dérivé du cannabis à avoir été approuvé en juin dernier par l’agence américaine du médicament (FDA), pour traiter deux types sévères d’épilepsie.

La commercialisation de ce produit aux États-Unis, vendu sur prescription, a démarré en novembre et le groupe prépare son lancement en Europe l’an prochain, sous réserve d’une approbation de l’agence européenne du médicament (EMA), attendue au premier trimestre.

Ce groupe coté à la fois à la Bourse de Londres et sur le Nasdaq (où sa capitalisation atteint 4 milliards de dollars) est aussi derrière le Sativex, autre médicament à base de cannabis indiqué quant à lui pour traiter certains aspects de la sclérose en plaques (voir Lmdt du 25 mai 2018).

•• D’autres laboratoires cotés sur le Nasdaq, principalement américains, développent aussi des médicaments dérivés du cannabis, comme Arena Pharmaceuticals, Insys ou encore AXIM.

Des biotechs israéliennes, comme BOL Pharma ou iCAN, sont également dans la course.

•• Reste que la « big pharma » n’a pas massivement investi le segment du cannabis thérapeutique parce qu’il y a aussi « un risque d’image » pour elle à investir dans ce domaine « un peu délicat », estime aussi Marc-Olivier Bévierre.

« L’industrie pharmaceutique préfère laisser ça aux fabricants de tabac » pour le moment, ajoute-t-il. Une allusion au cigarettier américain Altria (fabriquant et commercialisant aux États-Unis la marque Marlboro notamment), qui vient d’acquérir 45% du producteur canadien de cannabis Cronos (voir Lmdt des 13 et 7 décembre 2018).