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21 Juin 2019 | Observatoire
 

La légalisation du cannabis, un moyen de « reprendre le contrôle » face à l’« échec » de la répression ? C’est la thèse défendue par des économistes chargés de conseiller le Premier ministre, dans un rapport iconoclaste publié jeudi qui étrille cinquante ans de politiques gouvernementales (voir Lmdt du 18 juin).

Cette note du Conseil d’analyse économique (CAE), un groupement d’économistes rattaché à Matignon, appelle à créer un « monopole public de production et de distribution du cannabis », avec producteurs agréés et boutiques spécialisées, rapelle l’AFP dans une dépêche signée Romain Fonsegrives. Purement consultative, l’analyse tranche avec la ligne répressive de l’exécutif mais témoigne de débats nouveaux dans les allées du pouvoir ?

•• Alors qu’Emmanuel Macron a écarté la dépénalisation et instauré une amende de 200 euros pour les petits consommateurs, ce cercle d’économistes recommande à la France une légalisation totale comme au Canada, dans certains États américains ou en Uruguay. Une « légalisation contrôlée » également défendue dans une récente proposition de loi transpartisane, notamment soutenue par cinq députés « marcheurs » (voir Lmdt du 19 juin).

•• « Toutes les familles françaises y sont exposées », a déclaré Emmanuelle Auriol, auteur du rapport avec Pierre-Yves Geoffard, en conférence de presse, assurant par ailleurs que la prohibition favorisait « le crime organisé » sans avoir de vertu éducative.

Selon le rapport, l’État dépense sur un an « 568 millions d’euros » pour lutter contre le cannabis, dont 70 % consacrés aux actions des forces de l’ordre et 20 % aux services judiciaires et pénitentiaires. Seuls 10 % financent la prévention, les soins et la recherche.

•• Selon la littérature scientifique, une « consommation modérée » de cannabis n’a « pas d’effets nocifs sérieux avérés » sur la santé des adultes, rappelle la note. Cette drogue augmente en revanche le risque de schizophrénie « des plus jeunes ». Le CAE recommande donc une interdiction de vente aux mineurs.

•• Pour cela, les économistes souhaitent une « gestion étatique centralisée ».

Concrètement, l’État délivrerait des licences à des « producteurs et distributeurs agréés », comme pour le tabac. Mais contrairement à la cigarette, le cannabis serait vendu dans des boutiques spécialisées, interdites aux mineurs et plus faciles à surveiller, insiste le rapport.

Ce système serait chapeauté par une « autorité administrative indépendante » chargée de réguler le marché et d’assécher le marché noir en assurant une production suffisante, de bonne qualité, à un prix suffisamment bas. La note recommande un prix final de neuf euros pour un gramme d’herbe, contre environ 11 euros actuellement dans la rue.

•• Ce rapport a toutefois laissé Matignon de marbre, alors qu’Édouard Philippe vient de faire de la lutte antistupéfiants une « priorité ». « Le gouvernement reste clairement opposé à la légalisation », a répondu son cabinet à l’AFP.

De source proche du Premier ministre, on s’étonnait même que le CAE ait travaillé sur ce sujet et qu’il ait choisi de le traiter sous le seul angle économique.

•• Le porte-parole des députés PS a au contraire invité l’exécutif à « accepter qu’il y ait un débat » afin que « les uns et les autres puissent se faire une opinion définitive ».

Dans un appel publié mercredi dans l’Obs, plus de 70 personnalités, dont plusieurs maires, appelaient « à agir vite » pour légaliser le cannabis au nom du « pragmatisme ».

Selon Pierre-Yves Geoffard, coauteur du rapport, le « changement » sera porté par les élus locaux. « Plus ils sont proches du terrain, plus ils réalisent l’échec de la prohibition ».