Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements évoquant directement ou indirectement le tabac
26 Août 2018 | Observatoire
 

Le cannabis … les buralistes … le CBD / cannabis light … la fermeture de coffee-shops qui vendaient notamment des fleurs de cannabis … tout cela a défrayé la chronique au cours de l’été (voir notamment Lmdt des 22 juillet et 23 août). 

Mais par ailleurs, il existe une filière tout à fait légale du chanvre – appelé aussi « cannabis sativa » – une plante cultivée depuis des siècles notamment dans l’Aube et en Bretagne.

Le Télégramme (édition du 20 août) a donc rencontré un acteur de la filière chanvre qui apporte certains éclaircissements pour éviter les confusions.

•• Christophe Latouche transforme les graines de chanvre dans son laboratoire de Gouarec (Côtes-d’Armor). Sa société « L’Chanvre », créée il y a une vingtaine d’années, emploie douze personnes et transforme chaque année 150 tonnes de graines, issues de plants cultivés, sur plus de 130 hectares.

Cannabis : et le chanvre, dans tout cela ?  Le « cannabis sativa légal » est, à la base, strictement la même plante que le cannabis cultivé pour ses effets psychotropes. Au sortir de la guerre, l’INFA (Institut national de la Recherche agronomique), suite à des manipulations, a réussi à faire descendre le taux de THC, la principale molécule psychotrope du cannabis, en dessous de 0,2 %.

Alors qu’à cette époque, le chanvre était complètement diabolisé parce que systématiquement associé à de la drogue. « Les Américains voulaient l’éradiquer des terres européennes. On a tenu bon » précise Christophe. Aujourd’hui, la France est le seul pays européen à pouvoir fournir des semences.

•• « Contrairement à ce que peuvent avancer les propriétaires de coffee-shops, il n’y a pas de flou juridique autour de cette plante » poursuit Christophe Latouche, « la présence de THC, quel que soit son taux dans les produits finis qu’on met sur le marché, est interdite. En revanche, la plante, sur pied, peut contenir jusqu’à 0,2 % de THC ».

Autre aspect réglementaire important : seuls les produits issus des graines et des fibres peuvent être mis sur le marché. Pas les fleurs. « En ce qui nous concerne, on les laisse arriver à maturité sur la plante pour qu’elle produise les graines que nous transformons », précise le chanvrier.

•• Sur les étagères de la boutique de L’Chanvre, on trouve une quinzaine de produits distribués dans des magasins spécialisés et bio mais aussi sur internet : de l’huile de chanvre alimentaire pressée à froid ; des graines au goût très subtil de noisettes ; des galettes énergétiques ; du chocolat ; de la farine et du tofu au chanvre.

•• Mais il existe bien d’autres débouchés pour cette plante qui peut atteindre les trois mètres de hauteur en seulement 140 jours, sans avoir besoin de beaucoup d’eau ou de traitement chimique.    « Elle est 35 % plus productive pour la pâte à papier que le sapin. Avec un seul hectare de chanvre, on peut produire 3 000 litres de méthane, c’est énorme. »

Au niveau alimentaire, les graines présentent beaucoup d’avantages, « très protéinées. Deux fois plus que la viande de bœuf et trois fois plus qu’un œuf. »

•• La filière chanvre française est en donc en plein développement. Selon le syndicat « Interchanvre », elle compterait actuellement plus de 1 400 producteurs qui exploiteraient 16 400 hectares.

Dans les années à venir, la filière devrait se muscler davantage avec le développement d’applications aussi diverses que le jardinage et le maraîchage (paillage), le bâtiment, le textile et même l’automobile qui incorpore des fibres de chanvre dans les plastiques des carrosseries et les textiles de l’habitacle des véhicules. La plante fait aussi l’objet de toutes les attentions de l’industrie pharmaceutique, tant ses principes actifs sont nombreux.

•• « Utilisons le mot français chanvre pour désigner la plante … et non pas le mot latin cannabis, et beaucoup de problèmes seront réglés », conclut Christophe Latouche.