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18 Avr 2021 | Observatoire
 

De nombreux commerces non-essentiels ont été contraints de fermer leurs portes à cause des restrictions sanitaires imposées pour lutter contre la pandémie.

Mais pas les magasins proposant des graines de … cannabis ou du matériel pour leur culture. Ils ne désemplissent pas. En tout cas à Paris selon un reportage du Parisien.

•• En effet, le Gouvernement considère que les plants potagers, les semences et les graines sont des produits de première nécessité. Les jardineries restent donc ouvertes. « Et cela s’applique à nous aussi » s’amuse le patron d’une entreprise ayant pignon sur rue, dédiée exclusivement à la vente de graines de cannabis de collection.

« On a le droit de vendre, mais pas de cultiver du cannabis, la loi est quand même schizophrène » commente-t-il « parce que nos clients achètent tous pour planter et fumer. Qui aurait intérêt à posséder une graine, sinon ? ».

Contactées, deux boutiques proposant des graines de cannabis (et pas de CBD insiste Le Parisien) ont admis avoir connu une hausse de leur chiffre d’affaire « supérieur à 10% depuis le début du confinement ».

•• Peut-être une volonté de produire soi-même son herbe, car le jardinage en général est en plein boom.

Ou une réponse au manque : « il y a eu des problèmes d’importation et une pénurie de cannabis en mars-avril 2020 », rappelle Stéphanie Cherbonnier, directrice de l’Office anti-Stupéfiant  (Ofast) qui indique que 115 000 pieds de cannabis produits en France ont été saisis en 2020, répartis sur   3 141 sites et poussant dans 40 % des cas en plein air.

« Il y a depuis deux ans une croissance exponentielle des cannabis factory (fermes de culture, ou de grands entrepôts tenus par des dealers) où la rentabilité est poussée à l’extrême » poursuit-elle.

« En revanche, il est difficile de mesurer le phénomène chez les jardiniers qui cultivent pour leur consommation personnelle. Car les petites saisies se font au hasard, de manière incidente, parce que des enquêteurs interviennent quelque part pour une autre raison. Mais c’est vrai que la culture de cannabis, avant cantonnée à l’outre-mer, se développe en métropole. »

•• Les plantes issues des graines autofloraison, modifiées génétiquement, n’ont en effet plus besoin d’un climat tropical.

Ce qui n’empêche pas les magasins proposant du matériel du jardinage indoor d’enregistrer aussi des bénéfices en hausse. « J’ai fait 30 % de ventes en plus en 2020 » confirme le gérant d’un commerce situé dans un quartier au nord de Paris. « Et l’immense majorité de mes clients fait pousser du cannabis dans sa cave ou dans une pièce de son appartement. Les gens qui viennent pour leurs plants de tomate, c’est marginal. »

Derrière la vitrine, trônent ce qu’il appelle des « box » : une sorte de tente abritant une plante où le taux d’humidité et l’éclairage est adapté aux différents stades d’évolution du cannabis, de la germination à la récolte.

•• Interrogé, un policier du sud-est de Paris ignore qu’une boutique vend des graines de cannabis sur son secteur : « mais ça n’est pas illégal ? ». « On produit des notes techniques pour les policiers et gendarmes de terrain, afin de les informer sur la législation qui évolue souvent » confie la patronne de l’Ofast.

« Et on conduit des actions contre les boutiques de matériel ou de graines, mais il est très difficile de faire tenir judiciairement une procédure car les gérants savent jouer avec les limites de la loi. Et puis, même si on faisait fermer ces commerces, cela ne stopperait rien, on trouve de tout sur Internet provenant de sociétés basées principalement aux Pays Bas et en Espagne. »