Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements évoquant directement ou indirectement le tabac
23 Oct 2018 | International, Observatoire
 

Le Canada est devenu mercredi 17 octobre le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif, une réforme historique attendue à travers le pays tant par les consommateurs que par les marchés boursiers (voir Lmdt des 14 et 17 octobre).

•• Dès minuit heure locale à Saint-Jean-de-Terre-Neuve (est), des dizaines de personnes ayant bravé le froid pendant plusieurs heures ont acheté les premiers grammes de cannabis « légal » dans une boutique de l’enseigne Tweed, brièvement ouverte à minuit pour marquer l’occasion.

Ian Power est arrivé dès 20 heures pour « entrer dans l’histoire ». « C’était mon rêve de devenir la première personne à acheter le premier gramme légal de cannabis, et voilà je suis là » a-t-il déclaré aux journalistes sur place. « Je suis sur un petit nuage, tellement excité, je n’arrête pas de sourire. Il gèle dehors, mais je n’ai pas froid. »

•• La mise en œuvre de cette mesure sera scrutée et disséquée tant par les Canadiens, appelés aux urnes dans un an pour des législatives incertaines, que par les pays alliés d’Ottawa.

Au Québec, la SQDC (Société québécoise du cannabis) démarre avec douze magasins mais en vise jusqu’à 150 d’ici trois ans.

À Montréal, sur la rue Ste-Catherine, l’une des principales artères du centre-ville, une dizaine de clients, dont certains arrivés en pleine nuit, patientaient le long du trottoir en début de matinée. Plusieurs d’entre eux ont apporté des chaises pliantes et tuaient le temps en … fumant un joint.

•• Le Gouvernement a voulu permettre à chaque province d’organiser le commerce de l’herbe, et de Montréal à Vancouver en passant par Toronto et Winnipeg, chaque région a retenu sa propre recette pour organiser ce marché évalué à environ 6 milliards de dollars canadiens (4 milliards d’euros) par an.

•• L’opposition conservatrice au Parlement d’Ottawa a multiplié les attaques ces derniers jours contre cette mesure qui, selon les adversaires de M. Trudeau mais aussi selon des médecins, a été précipitée et a occulté plusieurs dangers pour la santé et la sécurité publiques.

« Ça fait au moins deux ans qu’on travaille avec les différents gouvernements », a répondu mardi Justin Trudeau, répétant que la légalisation doit permettre de restreindre l’accès de cette drogue douce aux mineurs et « enlever l’argent des poches des organisations criminelles ».

Son gouvernement pourrait annoncer dès mercredi un projet visant à amnistier, au cas par cas, les peines pour détention de petites quantités de cannabis prononcées peu avant la légalisation, selon les médias.

•• En campagne en 2015, M. Trudeau avait reconnu avoir lui-même fumé quelques joints par le passé, y compris lorsqu’il était député d’opposition. Mais désormais Premier ministre, il affirme avoir renoncé aux pétards : « il ne prévoit pas d’acheter ou de consommer de cannabis une fois que ce sera légalisé », a dit mardi son cabinet à l’AFP.

Reste que pour nombre de Canadiens, le 17 octobre 2018 restera une journée historique. Du Pacifique à l’Atlantique, des dizaines de fêtes ont eu lieu mercredi, en particulier à Toronto et à Montréal.

•• Selon les statistiques officielles, 16 % de la population canadienne a fumé du cannabis en 2017, ce qui représente 773 tonnes.

Il semble inévitable que les 120 producteurs autorisés actuellement ne soient pas en mesure de satisfaire toute la demande dans l’immédiat. Mais pour Bill Blair, ministre chargé de la Réduction du crime organisé, il est envisageable de ravir 25 % du marché noir d’ici la fin 2018 et environ la moitié d’ici un an.

« De nombreuses personnes pensent que la légalisation est un événement, mais c’est un processus » a-t-il déclaré à l’AFP, « pendant près d’un siècle, les groupes criminels contrôlaient entièrement le marché, 100% de sa production et de sa distribution et ils en ont tiré des bénéfices de plusieurs milliards de dollars chaque année », rappelle-t-il. « Ils ne vont pas disparaître tranquillement du jour au lendemain ».

Selon le ministère de la Justice, éradiquer le marché noir prendra ainsi au moins quatre ans.