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18 Nov 2020 | International, Observatoire
 

C’était une promesse électorale du Premier ministre Justin Trudeau, qui avançait trois arguments en faveur d’une légalisation du cannabis : diminuer les recettes du crime organisé ; désengorger les services de police et de justice ; rendre plus aisée la protection des mineurs interdits de consommation, via l’encadrement de la vente du cannabis (voir 29 et 30 juin, 2 janvier 2020). 

Le bilan deux ans après le feu vert (voir 17 octobre 2018) ? Incertain, selon le correspondant de Challenges à Montréal. Car la transparence n’est pas de règle. Ainsi, le Comité de vigilance sur le cannabis n’a publié aucune évaluation. Quelques tendances se font jour, pourtant.

•• Le marché noir n’a pas disparu, même si sa part s’est rétractée. « Avec nos 75 millions de grammes vendus dans les douze derniers mois, on se rapproche de la moitié du marché québécois », évalue Jean-François Bergeron, le PDG de la Société québécoise du Cannabis  (SQDC), l’entreprise publique qui a le monopole de la vente dans la province.

La SQDC veut capter les trois quarts du marché d’ici deux à trois ans grâce à l’ouverture d’une vingtaine d’échoppes et surtout un prix qui puisse soutenir la compétition  : 6,64 dollars le gramme, contre 6 dollars dans la rue. L’État québécois y trouve son compte: il a perçu 26 millions de dollars de dividendes pour le premier exercice et touchera près du double cette année.

•• Sur le plan judiciaire, les infractions ont chuté, puisque posséder du cannabis est désormais légal. Pour Heyu Xiong, professeur à la Northwestern University, le risque est ailleurs : « la libéralisation de la marijuana et la perte de revenus qui en découle incitent les trafiquants à se tourner vers d’autres drogues, illicites et plus rentables. »

•• Enfin, la légalisation aurait entraîné un essor de la consommation globale de cannabis en 2019 (16,8 % des Canadiens âgés de plus de 15 ans en ont consommé dans les trois derniers mois, contre 14,9 % en 2018), alors qu’une décrue forte a été notée auprès des 15-17 ans.

Comme si en devenant licite, l’herbe avait perdu son pouvoir d’attraction auprès des adolescents.

•• Tant que le marché n’est pas stabilisé, difficile d’évaluer l’expérience canadienne, toujours selon le média économique. Car si l’État fédéral encadre la production, ce sont les provinces qui régulent la distribution et la consommation.

Or ces juridictions, alléchées par les taxes, sont tentées de stimuler l’offre. L’Ontario a décidé, par exemple, d’ouvrir le marché du détail du cannabis en éliminant la limitation initiale du nombre de magasins privés. Alors qu’ au Québec, le gouvernement a rehaussé l’âge légal de la consommation de 18 à 21 ans.

Conclusion, selon Marco Leyton, professeur de psychiatrie à l’université McGill : « il faudra attendre dix ans ou plus pour comprendre pleinement les effets de la légalisation. »