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8 Mai 2019 | Profession
 

« J’ai pensé que ma dernière heure était arrivée » a confié Monique Lelté, la voix fatiguée, à La Dépêche.fr (voir Lmdt de ce jour et du 7 mai). Nous reprenons son poignant témoignage. 

La patronne du tabac-presse de Blagnac a été prise en otage ce mardi avec Carine, sa fille (photo d’archives) et ses deux salariées. « J’étais au téléphone dans mon appartement lorsque j’ai entendu le rideau se baisser. J’ai compris qu’il se passait quelque chose, il n’était même pas 16 heures », se rappelle celle qui a ouvert son commerce en 1975.

•• Après avoir raccroché en pleine conversation téléphonique, Monique descend, « mon appartement donne sur mon commerce », précise-t-elle.

« J’ai vu un jeune homme avec un pistolet accroché à la ceinture de son pantalon. Il demandait aux clients de sortir un à un. J’ai alors dit à mes salariés de le laisser passer derrière le comptoir pour qu’il puisse se servir et partir », témoigne Monique qui a très rapidement compris que l’homme n’était pas là pour braquer.

•• « Il nous a dit qu’il était gentil. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait, nous discutions sans arrêt. Il me disait qu’il était militaire, qu’il représentait une branche armée des Gilets jaunes. Qu’une dizaine d’opérations de ce genre allaient être menées dans toute la France, jusqu’à ce qu’ils aient la tête du président Emmanuel Macron ».

À l’aide d’un scotch, il « ligote » les quatre otages et les assoit à une table. « Il filmait la scène et nous demandait de l’entourer pour servir de bouclier humain. Puis, fréquemment, nous devions nous approcher des fenêtres pour compter le nombre de policiers, nous sommes restées calmes pendant toute la prise d’otage ».

« Il n’était pas tout seul … il disait qu’il avait des « yeux à l’extérieur ». Il obéissait à un plan, à des ordres. D’ailleurs, il nous l’a dit à plusieurs reprises. À un moment, je me suis demandé si ce n’était pas un schizophrène en pleine crise. Mais lorsque j’ai vu qu’il était organisé … cela m’a paru improbable ».

•• Durant toute la soirée, Yanis D. a eu un comportement déstabilisant, parfois timide, comme lorsqu’il demande la permission pour ouvrir une bouteille d’eau et un paquet de cigarette, et, d’autres fois, plus tendu. « Il a fait usage de son arme devant mes yeux, c’était un 9 mm. Il voulait faire reculer les policiers », observe-t-elle.

« Il nous a dit que les premières balles étaient « à blanc » mais que les autres étaient réelles. Qu’il avait aussi mis de l’explosif sur son vélo. On ne voulait pas prendre de risque ».

•• Enfin, l’une des salariés est libérée en premier. « Elle voulait aller aux toilettes, je pense qu’il l’a laissé partir pour ça » soutient la propriétaire.

La suite est plus compliquée à gérer pour les otages, qui font face à un délinquant visiblement fatigué et nerveux. « Nous étions postées devant chaque entrée possible pour servir de bouclier, j’ai cru que ma dernière heure était arrivée ». Vers 19 heures, Yanis casse son téléphone portable et demande à Monique de garder la carte SIM. « Il voulait aussi que je brise nos caméras, mais je lui ai suggéré de les tourner ».

•• Un peu avant 21 heures, le braqueur décide de relâcher ses prisonnières. « Il nous a demandé de sortir. Je lui ai demandé ce qu’il allait faire, il m’a dit : c’est la prison ou la mort. S’il était tué, Yanis voulait être autopsié ».

« Maintenant, je veux passer à autre chose. Demain, mon commerce sera ouvert, nous devons aller de l’avant » assure Monique, visiblement imperturbable.