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13 Fév 2018 | Profession
 

À l’échelle mondiale, la production de tabac a doublé … depuis 1960, même si elle tend à stagner depuis quelques années.

Le tabac constitue toujours, en effet, la seule source de revenus pour des millions de petits agriculteurs dont la reconversion n’est pas toujours simple à mettre en œuvre, malgré les vœux et la pression de l’Organisation mondiale de la Santé. 

Seulement, la cigarette est loin d’être le seul débouché possible : de la confection de vaccins au biocarburant en passant par la recherche sur le sida. Tour d’horizon – par le média Usbek & Rica – des secteurs qui pourraient assurer l’avenir de cette plante si controversée et si noble pourtant à cultiver.

DES VACCINS

Plusieurs sociétés, travaillant dans les biotechnologies, misent sur le tabac pour produire des molécules pharmaceutiques (« moléculture »).

Comme Medicago, entreprise québécoise fabriquant des vaccins contre la grippe ou le rotavirus (maladie à l’origine de graves diarrhées chez les nourrissons et les jeunes enfants),  qui affirme pouvoir fournir entre 40 et 50 millions de doses par an. L’ensemble du processus de fabrication s’effectuerait en un temps record de 14 jours, contre six mois avec la méthode classique utilisant des œufs.  La phase finale d’essais cliniques a débuté en septembre 2017.

ANTIDOTES

Aux États-Unis, l’entreprise LeafBio mise, elle aussi, sur le tabac génétiquement modifié pour développer toute une panoplie de médicaments. L’entreprise a mené en 2016 un essai concluant de traitement contre le virus Ebola avec le médicament ZMapp (voir Lmdt des 9 février 2015 et 9 septembre 2014).

Dans les labos de recherche de l’entreprise, on planche également sur un projet de vaccin contre le sida et sur des antidotes à de possibles attaques bioterroristes ayant recours à de la ricine, poison plus redoutable que le cyanure.

Si la moléculture intéresse autant les biotechs, c’est aussi en raison de son coût modique. Grâce à du tabac génétiquement modifié, Plantform, start-up américaine, affirme pouvoir fabriquer un biosimilaire 90% moins cher que le Lucentis, un médicament contre la dégénérescence maculaire extrêmement coûteux (plus de 800 euros par injection mensuelle).

BIOCARBURANT

Il existe pour le tabac un autre débouché à beaucoup plus grande échelle : le biocarburant. « Le tabac est capable de produire plus d’énergie par hectare que n’importe quelle autre plante non alimentaire », assurent des chercheurs de l’université Thomas Jefferson de Philadelphie.

En 2016, deux Boeing de la compagnie South African Airways ont ainsi effectué un trajet Johannesburg – Le Cap alimentés à 30% par du biocarburant à base de tabac (voir Lmdt du 19 juillet 2016).

Cette variété non OGM (baptisée Solaris) est dépourvue de nicotine mais produit de grosses quantités de feuilles et de graines, riches en huile et en protéines. Un hectare de Solaris permet de produire quatre à dix tonnes de matière première, et on peut obtenir jusqu’à trois récoltes par an.

STAR DES PLANTES INDUSTRIELLES

En plus de l’huile, convertible en biodiesel, la matière sèche du tabac peut être convertie en papier, en tourteaux pour nourrir les animaux d’élevage ou bien encore en biomasse. L’Italie, premier cultivateur de tabac en Europe, a commencé à planter la variété Solaris en 2014. « Il nécessite cinq fois moins d’eau que le tabac habituel et il est très apprécié des abeilles », se réjouissent déjà les agriculteurs, qui y voient une « future star des plantes industrielles ».

« USINE À MOLÉCULES » 

D’autres chercheurs veulent carrément transformer la plante en « usine à molécules ». Car si l’espèce de tabac la plus cultivée aujourd’hui a été sélectionnée pour sa richesse en nicotine, il existe au total plus de 70 variétés de tabac, dont un certain nombre contiennent bien d’autres substances valorisables.

C’est le cas, par exemple, du Solanesol, un précurseur de la co-enzyme Q10 et de la vitamine K ; des protéines riches en acides aminés ; de la pectine et de bien d’autres substances utilisées par les industriels de l’agroalimentaire et de la chimie.