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17 Avr 2019 | Pression normative
 

Depuis un an, la ville de Waterloo a installé une dizaine de cendriers urbains, financés par la région wallonne, la commune s’acquittant du coût de la collecte et du recyclage (voir Lmdt des 12 novembre et 9 octobre 2018).

Et, en fait, les mégots récoltés vont ensuite jusqu’à Brest pour traitement par l’entreprise MéGo ! (voir Lmdt du 8 juillet 2018). 

Mais qu’en est-il dans les faits ? Pour y répondre, la Radio Télévision Belge s’est rendue à Brest afin de découvrir quelle était la deuxième vie de ce déchet.

•• À Brest, MéGo ! recycle entre 20 à 30 kilos de filtres de cigarettes par jour. L’entreprise de trois personnes facture entre 5 et 12 euros, du kilo, la dépollution des filtres toxiques.

Après un premier tri manuel lent et minutieux, ces rebuts toxiques sont broyés et tamisés pour séparer le tabac et les cendres des mégots. Enfin, Les filtres en acétate de cellulose sont dépollués dans une machine à laver, juste avec de l’eau.

Et cela suffit ? Oui, d’après Bastien Lucas, directeur de MéGo ! : « les filtres sont dépollués par ce circuit d’eau fermé. Nous avons toujours la même eau depuis un an. Ceci, par un procédé d’argile et d’autres produits naturels uniquement, aucun produit chimique ici. 

Les boues issues de notre dépollution vont être ensuite traitées avec les déchets dangereux car elles sont composées de toutes les molécules que l’on a pu retirer : de la nicotine, des goudrons, du méthanol, du PCB … ».

•• Les journalistes ont décidé de faire analyser une plaque en mégots recyclés dans un laboratoire à Mons. Pol Bouviez, qui en est le responsable du service Environnement, est formel : « on a découvert encore quelques traces de nicotine. La nicotine est un alcaloïde, et c’est également un insecticide et un fongicideC’est un écotoxique qui, lâché dans la nature, tue les micro-organismes aquatiques ».

Mais autre chose intrigue le chimiste au niveau de la structure de cette tablette : selon lui, ce n’est pas normal que tout cela vienne uniquement de mégots de cigarette …

En fait, MéGo ! ajoute une autre matière à leurs mégots recyclés : des longs filtres vierges, neufs, non découpés qui vont servir à diluer la toxicité et solidifier la plaque. « Cela nous permet de compenser légèrement, d’avoir une matière plus noble » explique Bastien Lucas.

•• Lors de l’enquête de la RTB, beaucoup d’interlocuteurs ont pointé l’empreinte C02 des kilomètres parcourus par ces mégot pour être recyclés : plus de 900 kilomètres.

C’est notamment pour cela que Guillaume Berlemont, un jeune ingénieur, a décidé de recycler les mégots plus près – en Allemagne à Cologne – avant de créer peut-être une « usine » de recyclage en Belgique  : « We circular ». Guillaume Berlemont récolte, par exemple, les mégots à Ganshoren-Bruxelles depuis quelques mois. Il a installé 15 cendriers. Cela coûte 554 euros par mois à la commune.

Il est en pourparlers avec d’autres communes et a aussi quelques grosses sociétés dans son carnet d’adresse comme Decathlon Charleroi et Ikea Anderlecht. L’entreprise suédoise comptant en installer dans tous ses magasins belges.

En cinq mois, pour 9 cendriers installés, 22 kilos de mégots ont été rassemblés au magasin d’Anderlecht. Le coût : 125 euros par mois pour Ikea. Comme ses recherches de dépollution de la matière ne sont pas encore abouties, Guillaume Berlemont recycle en attendant les mégots en cendriers de poche.

•• Rappel de la RTB : les filtres sont en plastique et les cigarettiers seront bientôt obligés de le mentionner sur les paquets de cigarette selon la nouvelle Directive européenne des plastiques à usage unique.

Cette directive (voir Lmdt du 28 mars) établit la responsabilité élargie des producteurs : ils seront désormais responsables de la gestion des déchets qu’ils ont mis sur le marché (…)