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27 Jan 2020 | Pression normative
 

Après l’interdiction du chauffage sur les terrasses, décidée à Rennes (voir 3 décembre 2019 et 3 janvier 2020), certains candidats écologistes aux municipales en font un engagement de campagne. Problème : c’est aussi un enjeu économique rappelle certains édiles.

Le point dans Libération.

•• À Nantes, la tête de liste écologiste, Julie Laernoes, considère que l’interdiction des braseros, poêles à gaz, parasols chauffants et autres rampes à infrarouges « va dans le sens de l’histoire », alors que la maire sortante PS, Johanna Rolland, qui accueille pourtant des écologistes sur sa liste, se montre plus prudente.

Le projet Nancy Écologie Citoyenne, lui aussi soutenu par EE-LV, promet également la fin des terrasses chauffées sauf que, là encore, le maire, Laurent Hénart (Mouvement radical), malgré sa volonté d’« accélérer la transition écologique », refuse de prendre une telle décision.

Ainsi, depuis le début du mois, les édiles en place comme les candidats qui se piquent d’écologie sont priés de se positionner. Beaucoup se disent préoccupés par le sujet, assurent y réfléchir. Mais la plupart restent frileux et se réfugient derrière la nécessité d’une concertation avec les professionnels. Comme à Bordeaux, Lille, Toulouse, Angers ou encore Paris (voir 12 décembre 2019).

•• S’il est écologique, l’enjeu est aussi économique. « Sur les 38 800 débits de boissons [hors hôtels, restaurants, discothèques, ndlr] que compte la France, un bon tiers dispose d’une terrasse    chauffée » chiffre Laurent Lutse, président « cafés, brasseries et établissements de nuit » à l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (Umih).

Depuis l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics en 2008, les cafetiers ont investi dans divers appareils de chauffage pour ne pas perdre leur clientèle de fumeurs. Résultat, les terrasses comptent souvent pour « 30 % à 50 % du chiffre d’affaires » d’un établissement, selon Laurent Lutse.

•• Si interdiction il y a, il faudrait que celle-ci soit uniforme, généralisée, pour éviter toute concurrence avec le café voisin. C’est le cas à Rennes, où « il y a eu trois ans de discussions avec les professionnels, qui ont fini par soutenir la mesure » rappelle Laurent Lutse. Celui-ci se dit ouvert à des « concertations locales » et des « études sérieuses » sur les autres moyens de se tenir au chaud dehors, comme « les braseros au bois ou les plaids ».

•• Des plaids … qui semblent faire l’unanimité. Thierry Salomon (énergéticien et coauteur du scénario « négaWatt ») imagine que les cafetiers pourront « se payer des couvertures grâce à l’argent qu’ils ne dépenseront plus en taxes » pour avoir le droit de s’équiper en appareils chauffants.

À Nantes, Julie Laernoes propose aussi « des plaids, des couvertures … D’autres villes l’ont fait et les terrasses restent animées ». C’est le cas à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), où les dispositifs chauffants sont bannis depuis 2012, et dans plusieurs pays européens.

À Nancy, le candidat écolo, Laurent Watrin, propose la même solution, quitte à accompagner les cafetiers en ce sens. Et promet, s’il est élu, d’élargir la réflexion à d’autres « aberrations », comme les éclairages nocturnes des vitrines. Pas de quoi déplaire à l’Umih, qui pointe, comme Thierry Salomon, le gaspillage énergétique des écrans publicitaires vidéo ou des entrées de magasins ouvertes en permanence à tous les vents.