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28 Juil 2020 | International, Trafic
 

Malgré le mur de barbelés érigé entre les deux pays au début de la crise du Covid-19, la contrebande du tabac explose depuis l’interdiction de vente du tabac en Afrique du Sud (voir 29 mars, 27 juin et 17 juillet). Reportage du Monde.

•• Le trafic n’a rien de nouveau par ici. Traditionnellement, le tabac zimbabwéen importé illégalement en Afrique du Sud est revendu sous le manteau 30 % moins cher. 

Mais les règles du jeu ont radicalement changé depuis que l’Afrique du Sud a interdit la vente de cigarettes dans le cadre de la lutte contre la propagation du nouveau coronavirus, le 26 mars.

Désormais, les quelque 9 millions de fumeurs sud-africains n’ont d’autre choix que le marché noir. Après quatre mois d’interdiction, les prix ont été multipliés par trois en moyenne et trouver des marques occidentales relève du sacerdoce.

•• Un revendeur d’une vingtaine d’années, lui, tourne à plein régime. À 500 kilomètres au nord de Johannesburg, Musina est la dernière ville sud-africaine avant le poste frontière de Beitbridge. Arrivé là, à une demi-heure de voiture de l’unique point d’entrée officiel vers le Zimbabwe, il suffit de se garer sur un parking et de patienter.

À peine le temps de regarder sa montre que le jeune homme toque à la vitre : « Des cigarettes, ça vous intéresse ? ». Il a repéré les plaques d’immatriculation de la province de Johannesburg. Généralement, c’est avec ce genre de voyageurs qu’il fait ses meilleurs coups, des « clients » prêts à rouler mille kilomètres pour des cigarettes made in Zimbabwe.

•• Beitbridge est l’un des passages transfrontaliers les plus fréquentés d’Afrique, il est aussi l’un des plus poreux. Le revendeur fait l’aller-retour en quelques heures.  Les patrouilles de soldats ? « Les soldats, ils ne font rien. Si tu te fais prendre, tu lâches un billet et tu continues ta route. »

La clôture ? Il éclate de rire : « quelle clôture ? On l’a déjà coupée dans tous les sens, elle est pleine de trous. Ils n’ont qu’à la réparer, on recoupera, ils répareront encore et on recoupera encore. »

Près de trois mois après l’achèvement du chantier, en filant vers l’est depuis le poste frontière de Beitbridge, on ne compte pas moins d’une cinquantaine d’ouvertures sur 20 kilomètres. Certaines sont juste assez larges pour laisser passer un homme. D’autres scindent la clôture en deux sur toute sa hauteur.

Ladite clôture fait d’ailleurs l’objet d’un scandale en Afrique du Sud : le gouvernement refuse de payer le solde de la facture et plusieurs enquêtes sont en cours sur la régularité de l’attribution du chantier, décidée en moins d’une semaine.

•• En parallèle des « petits », à l’instar du jeune revendeur et de son activité « artisanale », des réseaux criminels mènent le trafic à grande échelle. « Ces gars-là ne rigolent pas, ils peuvent passer six cents cartons en une nuit », explique un autre contrebandier. Soit 300 000 paquets de cigarettes.

Acheté environ 260 euros au Zimbabwe, le carton de Remington Gold, l’une des marques les plus trafiquées, est revendu le double de l’autre côté de la frontière. À Johannesburg, il peut même se monnayer 1 300 euros. Les cartouches, elles, sont revendues au détail entre 30 et 40 euros. Un seul passage peut générer plusieurs centaines de milliers d’euros de bénéfices.

À ce compte-là, les trafiquants ne prennent pas de risques. « Ils n’utilisent jamais le même passage parce que les brèches peuvent être surveillées une fois repérées et tous les soldats n’acceptent pas les pots-de-vin », poursuit le contrebandier de tabac.