Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements évoquant directement ou indirectement le tabac
11 Juin 2020 | International
 

La justice sud-africaine a ouvert, ce mercredi, le dossier très controversé de l’interdiction de la vente du tabac imposée depuis dix semaines par les autorités dans le cadre de leurs mesures contre la pandémie de coronavirus (voir 29 mai et 26 avril), rapporte une dépêche AFP que nous reprenons.

L’avocat d’un groupe de fabricants a lancé les hostilités lors d’une première audience devant la Haute cour de la capitale Pretoria en exigeant l’annulation pure et simple de la mesure à ses yeux « irrationnelle » du gouvernement.

•• « Il est difficile d’imaginer une mesure plus draconienne que cette prohibition totale, qui a mis à l’arrêt toute une industrie (…) et causé tant de mal » a plaidé Arnold Subel, pour l’Association indépendante et équitable du tabac (FITA). « Il n’y a aucun fait dans le dossier qui puisse justifier » une telle décision, a-t-il ajouté.

•• L’interdiction de la vente des cigarettes est entrée en vigueur le 27 mars en même temps que le strict confinement imposé aux 57 millions de Sud-Africains pour enrayer la propagation du Covid-19 dans le pays (voir 29 mars). Cette décision a aussitôt suscité la fronde des fumeurs, des industriels et des commerçants du secteur, qui ont vainement négocié la reprise de leurs activités.

En assouplissant les mesures de confinement, le président Cyril Ramaphosa a levé à compter du 1er juin l’interdiction des ventes d’alcool, mais maintenu celle des cigarettes « en raison des risques sanitaires liés au tabagisme ».

•• « C’est un acte de cruauté, les gens sont désespérés » a lancé mercredi l’avocat Subel à la barre. « C’est le paradis pour les contrebandiers » a-t-il insisté, « ils peuvent exiger les prix qu’ils veulent, mélanger leurs produits avec ce qu’ils veulent, les rendre plus addictifs ».

•• Au nom de l’État, son confrère Marumo Moerane a justifié la prohibition en arguant qu’il était « parfaitement clair que les fumeurs courent plus de risques que les autres de développer une forme sévère de Covid-19 ».

« Il est clair qu’elle (la prohibition) n’élimine pas complètement les cigarettes du marché » a-t-il répondu sur le volet de la contrebande, « mais nous pensons que s’il est raisonnablement possible de réduire la consommation de cigarettes, ça aide à réduire la charge qui pèse sur le système de santé ».

•• La Haute cour de Pretoria doit rendre son jugement à une date qui n’a pas été précisée.

L’interdiction de la vente de tabac a déjà coûté plus de 300 millions de rands (15 millions d’euros) de taxes au budget de l’État, selon le patron du fisc, Edward Kieswetter.

Plus de 600 000 Sud-Africains ont signé une pétition pour la fin de la prohibition et le numéro 1 du marché sud-africain, British American Tobacco, a lui aussi porté plainte séparément contre le gouvernement (voir 30 mai).