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17 Fév 2019 | Observatoire
 

FigaroVox publie, en avant-première, une série d’analyses du mouvement des « Gilets jaunes », rédigées par Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely pour la Fondation Jean Jaurès.

La première de ces analyses démontre que la conjonction « 80 km/h, hausses du prix du diesel et des cigarettes » a son importance dans l’origine de la colère du mouvement. 

Extraits sur la partie « tabac ».

POUVOIR D’ACHAT

« Si les milieux populaires, et particulièrement ceux résidant dans les zones rurales et péri-urbaines, sont particulièrement dépendants de la hausse des prix des carburants, car ce poste pèse lourd dans leurs dépenses contraintes, ces catégories affichent par ailleurs une plus forte dépendance tabagique que le reste de la population.

« La consommation de tabac a certes reculé ces dernières années dans toutes les strates de la population et y compris dans les milieux populaires (-6,5 points parmi les ouvriers entre 2005 et 2014).

« Pour autant, la consommation de tabac reste socialement très marquée. La proportion de fumeurs réguliers dans la population ouvrière est le double de celle observée chez les cadres et la proportion de fumeurs réguliers est de 10 points supérieure parmi les employés comparativement aux cadres.

« Au regard de ces chiffres, on comprend que l’augmentation d’un euro du prix du paquet de cigarettes, le 1er mars 2018, a d’abord pénalisé les catégories populaires, à la fois plus consommatrices de tabac et se débattant plus que les classes moyennes et supérieures avec des problématiques de pouvoir d’achat.

PERCEPTION DES MESURES

« Du fait de la persistance de différences importantes en termes de mode de vie et de consommation, certaines annonces fiscales justifiées au nom d’impératifs de santé publique ou environnementaux, qui peuvent apparaître comme relativement acceptables pour les CSP+ et les leaders d’opinion, sont en fait beaucoup moins bien reçues dans les catégories populaires.

« Ce fut le cas pour le tabac lors de l’augmentation substantielle du prix intervenue en mars dernier, décision qui s’inscrivait dans l’objectif plus global de la ministre de la santé du passage du prix du paquet de cigarettes à 10 euros dans les prochaines années. 

« Cette mesure fut ainsi massivement approuvée par les cadres et professions intellectuelles et supérieures (favorables à 72 %), car les fumeurs réguliers sont peu nombreux dans ce groupe social, par ailleurs plus sensible à la santé et à la prévention. Elle fut, en revanche, majoritairement rejetée par les ouvriers (55 %). Les employés, parmi lesquels on compte moins de fumeurs réguliers que parmi les ouvriers, étaient, quant à eux, très partagés.

180 EUROS PAR AN

« Au printemps 2018, la conjonction de la hausse des prix à la pompe et de celle du paquet de cigarettes, combinée avec l’annonce sur l’abaissement de la vitesse maximale autorisée à 80 km/heures (laissant augurer davantage d’amendes et de points perdus sur les permis de conduire) et le durcissement du contrôle technique pour les véhicules diesel créa un cocktail particulièrement détonnant notamment dans les milieux populaires.

« Dans ces groupes sociaux plus qu’ailleurs encore, l’augmentation des prix à la pompe (à laquelle ils se rendent régulièrement) comme la hausse régulière du prix du tabac constituent l’illustration la plus criante de cette hausse subie des dépenses contraintes qui grèvent leur budget. 

« Elles sont d’autant moins supportables que beaucoup de ces Français perçoivent la pompe à essence et le débitant de tabac comme le principal collecteur de taxes (toute une partie de cette population n’étant pas ou peu assujettie à l’impôt sur le revenu).

« Parmi ceux qui sont dépendants de la voiture et qui de surcroît fument, cette ponction fiscale intervenue au cours de l’année 2018 a été très douloureuse. Sur la base du kilométrage moyen d’un véhicule diesel en France (près de 16 000 kilomètres parcourus par an), la hausse des prix du diesel sur l’année 2018 a ainsi représenté un surcoût d’environ 200 euros pour un automobiliste.

Si parallèlement ce dernier fume un demi-paquet de cigarettes par jour, l’augmentation du prix du tabac s’est traduite par une hausse de son budget tabac de près de 180 euros par an. Le montant de chacune de ces deux hausses correspond peu ou prou à la baisse intervenue sur la taxe d’habitation. La DGFiP a calculé qu’en Ile-de-France par exemple, elle représentait en effet un montant moyen de 190 euros par foyer fiscal concerné par la mesure. 

DUPLICITÉ

« Cela a bien entendu conforté l’idée très ancrée dans l’opinion depuis des années que toute baisse des prélèvements obligatoires accordée et annoncée par l’État est immédiatement compensée ou contrebalancée par une hausse subreptice de la fiscalité indirecte. Dans le langage commun, cette attitude des pouvoirs publics est décrite par la formule suivante : « ils nous reprennent en fait d’une main ce qu’ils nous ont donné de l’autre ». 

« Cette perception nourrit mécaniquement un procès en duplicité vis-à-vis de l’État et alimente ressentiment et colère. »

27 % DES FUMEURS RÉGULIERS « GILETS JAUNES »

« Comme nous le verrons dans une note suivante, le mouvement des « Gilets jaunes » rencontrera ainsi un écho particulièrement fort dans la population la plus dépendante de la voiture. 

« Les fumeurs ne seront pas en reste puisque la proportion de personnes se définissant comme « Gilets jaunes » s’établira à 27 % parmi les fumeurs réguliers et à 22 % parmi les fumeurs occasionnels. Contre seulement 17 % auprès des anciens fumeurs et 10 % parmi les personnes n’ayant jamais fumé. »